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Dcs Yves Thilmans - 23 fvrier 2018
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Assemble Gnrale Ordinaire - Samedi 3 fvrier 2018
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Prsentation de l'ouvrage TIRAILLEURS SENEGALAIS Tmoignages pistolaires 1914-1919 - Mercredi 11 Mars 2015
Pierre ROSIERE-Mamadou KONE-Cyr DESCAMPS prsenteront l'ouvrage l'Institut Franais 18h30
Prsentation du livre les Garnisons de Gore - Lundi 5 Mai 2014
19 heures l'Institut franais de Dakar (89, rue Joseph Gomis) prsentation du livre "Les Garnisons de Gore" de Maurice MAILLAT.
Message de Stephen Grant, membre d'honneur de l'AAMHIS - mardi 18 fvrier 2014
Livres sur Strickland, consul amricain Gore Lien : http://www.youtube.com/watch?v=M-wrBKbOSF8

HOMMAGES   ET   TEMOIGNAGES

DES COMPATRIOTES

Robert GUILLOT-PINGUE

Yves INGENBLEEK

Théodore RIMAUX

Jeannine VAN CRAEN

DES PARENTS ET AMIS

Yves THILMANS

Marc SANKALE

Saliou MBAYE

Bernard KHAYAT

Charles DELGADO-FREIRE

DES SAINT-LOUISIENS

Equipe du Musée du C.R.D.S.

Fatima FALL

El Hadj Fandy DIAGNE

COMPATRIOTES

Il est dans la vie des moments privilégiés. J'en ai connu à Dakar quand j'étais Secrétaire d'Ambassade, près l'ambassade de Belgique au Sénégal.

Dès mon arrivée je voulus faire connaissance des Belges de la circonscription. Seuls quelques compatriotes me parlaient d'un ressortissant belge qui travaillait à l'Institut fondamental d'Afrique noire (IFAN) à Dakar. C'est là que je rencontrai Guy Thilmans qui, à notre première entrevue, me parut discret, voire secret, modeste, ne parlant de lui qu'avec beaucoup de réticence mais dégageant une très grande empathie. A cette époque il vivait pratiquement de café noir et de cigarettes. C'est au cours de rencontres ultérieures que j'appris à découvrir cet énorme savant n'ignorant rien de la préhistoire ou de la protohistoire du Sénégal, sans négliger les temps modernes.

Quand il fallut mettre en vigueur l'accord de coopération technique belgo-sénégalais, je proposai à mon gouvernement, qui accepta, d'y reprendre cet "inconnu", dont on savait finalement peu de choses. Ainsi donc il devint coopérant belge bien rémunéré, il reçut un véhicule et les instruments utiles à ses recherches.

A la réception de son premier traitement il vint me trouver pour dire "qu'il n'avait pas besoin de tout cet argent compte tenu de sa vie modeste" mais qu'avec mon accord il l'affecterait à la recherche. Et ainsi il put continuer à se pencher sur le passé, à récolter et à étudier les crânes souvent découverts dans les baobabs et plus tard à réaliser les musées qui lui tenaient tant à cœur.

Mais déjà il avait rassemblé à l'IFAN des collections riches et variées ; il fallait voir avec quelle minutie il reconstituait des poteries au départ de fragments épars : sous ses doigts naissait une seconde vie. Il publia beaucoup, mais trop peu selon certains, au point qu'à sa mort c'est une véritable richesse de documents inédits qui fut découverte.

Je suis très heureux de l'hommage que l'IFAN rend à ce grand humaniste, qui fit honneur à la Belgique et au Sénégal. J'émets le vœu que tout ce qu'il a laissé fasse l'objet d'une exploitation rationnelle et que l'on trouve la possibilité de publier le fruit de ses recherches. Ce serait là un second hommage à ce savant dont le seul but était la connaissance et le transfert de son savoir, et cela sans ostentation et dans une grande discrétion.

Robert GUILLOT-PINGUE
Ambassadeur honoraire de Sa Majesté le Roi des Belges
Gouvy, le 15 septembre 2004. 

Les quelques souvenirs égrenés ci-dessous remontent à plus de vingt-cinq années. L'homme et le savant que nous honorons aujourd'hui a appartenu à une petite cohorte d'aventuriers, dont je fis également partie, et qui a débarqué en ordre dispersé au Sénégal, plusieurs années avant la signature officielle des accords de coopération entre la Belgique, notre pays d'origine, et le Sénégal, notre patrie d'adoption.

Guy Thilmans et moi-même étions arrivés dans le plus grand dénuement, sans la moindre protection juridique ou médicale, avec pour seuls outils de travail notre bonne volonté et nos sentiments de partage et de fraternité avec le peuple sénégalais. Guy Thilmans, symbolisant la recherche anthropologique, trouva un point de chute naturel  à l'IFAN alors que j'étais accueilli et hébergé à l'hôpital Aristide Le Dantec, compte tenu de ma spécialisation en nutrition pédiatrique. Nos deux disciplines étaient différentes mais complémentaires et nous avons essayé de les développer au mieux dans un contexte d'incertitude et de grande précarité matérielle. Pourquoi avoir décidé de partir au Sénégal ?  Sans aucun doute parce que ce pays bénéficiait d'un immense prestige culturel dans l'ensemble du monde francophone, grâce aux multiples activités entreprises par le président Léopold Sédar Senghor, mais aussi en raison du grand prestige dont jouissait l'Université de Dakar.

En septembre 1968, nous fûmes tous les deux récupérés et inscrits officiellement sur la liste des coopérants belges recrutés pour le Sénégal, à l'occasion de la signature de la convention qui régissait les échanges entre nos deux pays. Notre situation matérielle et notre encadrement professionnel devenaient dès lors décents. C'est à partir de ce moment que Guy Thilmans a pu exprimer la pleine mesure de ses très grands talents. On s'est rapidement rendu compte que son champ d'investigations dépassait de très loin sa formation de base et débordait sur une multitude de domaines connexes. Il n'était pas seulement anthropologue, mais également archéologue, paléographe et historien. Il maîtrisait parfaitement le français, le néerlandais ancien, le latin et l'anglais, il lisait l'allemand, l'espagnol, le portugais et l'italien dans le texte, ce qui lui conférait des atouts considérables dans la recherche des documents inconnus. Toutes les données susceptibles d'éclairer les aspects du passé proche ou lointain, notoire ou enfoui, historique ou préhistorique de l'Afrique occidentale soulevaient son intérêt immédiat.

Il consacrait l'essentiel de ses congés légaux en Europe, considérés par lui comme des "missions", pour parcourir les bibliothèques, les archives et autres sources d'information disponibles, de Londres à Venise et de Lisbonne à Hambourg. Cet éternel voyageur, ce dénicheur impénitent semble n'avoir jamais pris un jour de repos.

Il me souvient un événement qui avait jalonné sa vie de chercheur. Au retour d'une mission en Europe, il avait appris - ce que tout le monde ignorait - que des navigateurs venus de Courlande, duché balte alors rattaché à la Pologne et aujourd'hui intégré à la Lettonie, avaient ouvert au XVIIIe siècle un comptoir commercial dans l'estuaire de la Gambie. Cet établissement ne dura que quelques années et resta sans lendemain mais parut cependant suffisamment original à notre fureteur insatiable pour que, à peine revenu au Sénégal, il s'empresse de foncer vers le site présumé de cette aventure, en quête de quelques vestiges d'occupation, d'un fragment de parchemin, d'une vieille boussole ou de quelque pétoire rouillée d'époque. Sa collection d'ossements, de silex, de poteries antiques, d'instruments culinaires et de parures de cauris, patiemment rassemblée au cours de quatre décennies de prospections et de fouilles, faisait écarquiller les yeux de n'importe quel visiteur de son laboratoire. Quand les fenêtres de son antre de l'IFAN n'étaient pas éclairées les dimanches soir et autres jours de fête, nous savions qu'il était parti explorer quelques tumulus de coquillages dans le Saloum ou inventorier quelque baobab à griots au fin fond du pays sérère.

Guy, tu as fait honneur à ton pays de naissance et à ton pays d'adoption en démontrant qu'une recherche de qualité peut coïncider avec gentillesse, disponibilité, désintéressement et générosité. Je me souviens de ta large crinière argentée faisant irrésistiblement penser à une comète qui aurait traversé l'azur dakarois d'un trait rectiligne et qui, bien longtemps après avoir disparu derrière l'horizon, laisserait derrière elle le sillage étincelant de son trajet passé.

Salut Guy ! Adieu l'ami ! Que la terre de Saint-Louis du Sénégal, où tu as décidé de reposer auprès des tiens, te soit légère à porter.

Yves INGENBLEEK
Professeur de Nutrition
Université Louis Pasteur, Strasbourg

Je suis monté au grenier de mes souvenirs  ; dans ce bric à brac, je ramasse les "naguère" et les "jadis" qui le plus souvent se fondent. Les "jadis" deviennent de plus en plus imprécis et s’enchaînent les uns aux autres.

Des ombres filiformes s’étirent le long du mur en briques crues. Parmi elles, l’ombre émaciée d’un pasteur peul que j’ai rencontré dans la forêt de Nianing le long du marigot de Tiemassas ; à l’époque, la sécheresse ne connaissait pas la pitié; l’ombre vivait la nuit au milieu de son troupeau pour encourager les vaches à rester droites et pour les protéger contre les prédateurs. Les ombres s’enchaînent les unes aux autres.

Je reconnais une autre ombre dont la vie quotidienne ressemble à celle du pasteur peul et qui se profile comme sculpture de Giacometti. L’avez-vous reconnue ? Guy Thilmans, bien sûr !

J’ai profité de sa passion pour fréquenter l’IFAN le soir après les heures de lycée, quand les couloirs étaient désertés ; à l’époque, les poteries des îles se reconstruisaient les unes après les autres; et c’est avec exaltation qu’il en décrivait la technicité et l’esthétique. Je me souviens du squelette enterré dans le cercle de pierre, une révolution ! le problème des commerçants aux prises avec les problèmes de religion et d’autres anecdotes.

A l’IFAN, je disposais d’une bibliothèque, de tous les outils préhistoriques découverts avant les années soixante-dix, d’une documentation sur Gorée qui complète celle des archives du Sénégal.

Lors de la mise en place du nouveau musée historique, il vivait avec intensité, voire avec une exaltation permanente, la naissance progressive de son rêve.

J’ai quitté le Sénégal. Je n'y suis jamais retourné.

Aujourd’hui, l’ombre de Thilmans hante la nuit les salles de la batterie, bouleverse les tumulus nyominka, surveille les cercles de pierre et redécouvre le Takrour. N’est-il pas Dapper ? N’a-t-il pas ressuscité tant d’autres ombres perdues ?

Son âme s’est faufilée parmi les échasses des palétuviers, dans un baobab creux ou au pied d’un fromager.

N’oubliez pas de verser du vin et de sacrifier un poulet de temps en temps pour que son ombre continue à offrir le passé dans sa forme rationnelle aux hommes de sa terre d’adoption.

Théodore RIMAUX
Bruxelles, juin 2004


Évoquer le souvenir et la personnalité de Guy Thilmans est un honneur, un plaisir, un duel tant la grandeur du personnage trouve sur son chemin sa modestie, sa simplicité pour étouffer toute velléité d'en parler. Un livre cependant se justifierait. Guy Thilmans ne comprendrait pas qu'on le veuille, estimant que sa vie fut ordinaire, sans mérites particuliers, qu'il a travaillé comme tout un chacun. Reste donc la frustration pour celui qui voudrait rendre compte de la richesse, de la complexité, d'une personnalité si déroutante car il faut aussi respecter ce côté effacé, simple de sa personne.

Il arrive au Sénégal en 1965, alors qu'il avait dépassé la quarantaine. Il avait déjà acquis une expérience de la vie, de luttes, de combats. C'est un homme de grande maturité intellectuelle et morale que ceux qui l'ont connu lui reconnaissaient d'emblée.

J'étais au Sénégal depuis déjà trois ans quand j'ai rencontré Guy Thilmans. Il était très grand avec un regard bienveillant, une chevelure déjà blanche mais abondante. Ce n'était pas un homme imbu de lui-même. D'entrée de jeu il ne parlait pas de son travail sauf si on le questionnait. Il ne monopolisait jamais la parole. Dans un groupe; il se tenait un peu à l'écart, la tête inclinée, tout en suivant attentivement ce qui se disait. En compagnie restreinte par contre, il était intarissable, précis, passionné. J'entends encore le son de sa voix si particulière, cette façon qu'il avait d'acquiescer, de balancer la tête, pour appuyer ou dénier les propos tenus en sa présence.

Il portait le plus souvent des chemises blanches qui contrastaient avec ses doigts jaunis par la cigarette. Car il fumait alors, beaucoup, du tabac noir. La saga de ses chemises : il les abandonnait, sur le chantier, dès qu'elles avaient atteint l'épaisseur insupportable de la poussière cimentée par la sueur. Grand consommateur, il les achetait par douzaines, pour être impeccable où il se devait de l'être. Lors de la visite officielle au Sénégal de feu le Roi Baudouin, il en sidéra plus d'un d'entre nous par sa connaissance exemplaire les règles du protocole et de la tenue vestimentaire exigée en pareille circonstance.

Il nous donnait l'impression qu'il se nourrissait exclusivement de café noir, soluble, le moins cher sur le marché, et de cigarettes. Il s'est retrouvé un jour empoisonné : il avait achevé une boîte de sardines ouverte depuis un certain temps… Il lui arrivait pourtant de se régaler d'un chawarma, tard le soir, acheté dans une dibiterie encore ouverte avenue William-Ponty. Les mots "dimanche, samedi, soirée ", n'évoquaient rien pour lui. C'est pourquoi vous pouviez le rencontrer jusqu'à minuit même, à l'IFAN, tout comme les fins de semaine.

Quelle ne fut pas ma surprise, un soir au jardin zoologique de Dakar-Hann, de le retrouver comme figurant sur le tournage du film l'Etoile du Sud, dont la vedette était Ursula Andress… Il était le seul figurant que l'on pouvait reconnaître en costume d'époque, très élégant, très british. Il mettait là aussi la main à la pâte, chaque soir, aidant les autres à retrouver leurs costumes. Personne ne pouvait soupçonner en cet homme souriant et serviable ses qualités de chercheur. Cette anecdote montre bien, si besoin en était, combien il était simple, discret, ouvert.

Je l'ai rencontré quelques fois à l'IFAN dans son bureau, où un mur entier était comme tapissé de crânes posés sur des étagères. Il vous accueillait, souriant, ne donnant pas l'impression d'être importuné. Mais il était aussi souvent sur les chantiers de fouilles. Intéressés par ses recherches, André Saucez se rendait sur les sites pour y faire des photos. Théodore Rimaux, par contre, venait à l'IFAN dans la soirée, car Guy Thilmans ne pouvait y être que quand il revenait à Dakar. Notre homme se déplaçait dans une légendaire fourgonnette 3 CV Citroën !

En fait, j'en ai davantage appris sur les travaux de Guy Thilmans en parcourant les rares archives le concernant à la bibliothèque des Affaires Etrangères à Bruxelles, ou en feuilletant des revues, dont les Notes africaines auxquelles je fus abonnée jusqu'à mon départ du Sénégal en 1981.

Il menait de front des fouilles, des études d'ostéométrie, la direction de thèses ou de mémoires de maîtrise. Il dépouillait des archives européennes, traduisait, annotait, publiait. Il devait aussi prendre en charge la formation d'homologues, pour utiliser le jargon de la coopération belge de l'époque. Je voudrais rappeler ici quelques-uns de ses travaux.

Avec la collaboration d'Isabelle de Moraes, des traductions annotées d'archives néerlandaises, portugaises et espagnoles, furent publiées en grand nombre.

En 1968, dans Notes africaines paraît de lui un article sur l'existence à la fin du XVIe s., de comptoirs néerlandais à Portudal et à Joal dirigés par Tobias de Beaulieu et Lodewijck van der Willighen, tous deux au service d'un armateur calviniste qui avait quitté Anvers pour la Zélande. En 1969, la traduction en français du Toortse der Zee-vaert (Le Flambeau de la navigation) de Dierick Ruiters ouvrage paru en 1623, contribua a faire connaître l'importance, au XVIIe siècle, du commerce des peaux sur la côte sénégambienne, des tissages locaux commercialisés, des us et coutumes des habitants de la côte.

L'étude du routier de Francisco Pirez de Carvalho, un manuscrit rédigé en 1635 et publié à deux reprises par des chercheurs portugais, avait été jugé décousue, donc peu crédible. Il s'est avéré que ces chercheurs n'avaient pas détecté une erreur de pagination dans le manuscrit original laquelle, rectifiée, éclairait d'un jour nouveau les observations de son auteur, en leur donnant du sens.

Sa connaissance du néerlandais, entre autres langues, lui a permis de relire certains manuscrits, de comparer leurs traductions avec l'original, de constater des erreurs ou des lacunes. Né vers 1637 à Amsterdam, Olfried Dapper est l'auteur d'une Naukerige beschryvinge der Afrikaensche Gewesten, parue en 1668. Une traduction française avec de nombreuses omissions parut en 1686. L'article de Guy Thilmans donne la traduction complète du texte traitant de la côte sénégambienne en marquant en italique les parties oubliées ; 202 notes explicatives l'accompagnent. Ce texte ainsi complété apporte de précieuses informations sur des noms de rois, de notables, leurs titres ou encore le regard porté sur l'esclavage au XVIIe s. 

G. Thilmans était curieux de tout ce qui pouvait enrichir le patrimoine historique, culturel, sociologique des populations du Sénégal. Sait-on qu'il a découvert à Lisbonne des cantines provenant du Cap-Vert, qu'il eut le privilège d'ouvrir ? Cantines pleines d'archives qu'il s'est empressé de dépouiller avec bonheur. Je me demande ce qu'il aurait pensé s'il avait appris qu'un certain Vincent Kompany, jeune métis de 18 ans, se fait remarquer par les amateurs de football, déjà titulaire à Anderlecht dans le club des "Diables Rouges". N'aurait-il pas tenté d'élaborer son arbre généalogique pour le relier au Jan Kompany qui vivait au XVIIe siècle sur la Petite Côte et parlait le néerlandais ?

En 1970, il participe à une mission en Mauritanie, organisée par l'Université de Dakar. À Nouaferd, région désertique de la Mauritanie occidentale, il effectua un ramassage systématique d'objets préhistoriques recouvrant une des dunes du site. L'article qui fut alors publié constituait à l'époque une des meilleures études consacrées au Néolithique de Mauritanie occidentale. Des céramiques ont pu êtres reconstitués dont certaines jaugeant près de 50 litres. Une datation au C14 a déterminé une ancienneté de 3090 ans av. notre ère.

L'inventaire pratiquement complet des sites protohistoriques de Sénégambie publié en 1974 par V. Martin et Ch. Becker, devait être l'amorce d'une nouvelle étape dans la connaissance de ces civilisations par des fouilles menées sur chaque type de site. Ces fouilles étaient effectuées par des équipes où étaient employés jusqu'à une dizaine de manœuvres. Ces équipes ont ainsi décapé, tamisé plus de 2 500 m2 de terre, dans des conditions climatiques extrêmes, parfois par 48 degrés à l'ombre…. Ceci pour souligner le courage, la volonté, l'endurance de ces hommes qui travaillaient avec Guy Thilmans, hommes qui éprouvaient infiniment de respect pour celui qu'ils appelaient "docteur".

Guy Thilmans a remué ciel et terre pour la poursuite de ses projets.  Il n'a pas toujours réussi à convaincre ses interlocuteurs, ceux de la Coopération, par exemple. De leur intérêt, il a su convaincre, sans doute ; de la nécessité de financer leur poursuite, non. Mais en haut lieu on suivait ses travaux : le président Léopold Sédar Senghor lui avait alloué une aide sur sa cassette personnelle pour permettre de réaliser le moulage de la première sépulture collective qu'il avait mise au jour dans un cercle mégalithique de Sine-Ngayène.

La liste des études, des travaux que Guy Thilmans mena à bien, est impressionnante. Sa bibliographie en témoigne. Plus impressionnante encore est la liste des publications en voie d'achèvement ou en cours qu'il a laissé. Et ce chercheur n'a pas seulement laissé des écrits. Conscient de la valeur pédagogique des musées, et de leur rôle dans la conservation du patrimoine, il s'est investi pendant toute sa carrière dans des présentations, temporaires ou permanentes, d'objets archéologiques et historiques. C'est ainsi qu'il prit l'initiative de convertir le fort d'Estrées, sur l'île de Gorée, de prison civile en musée historique. Les partenaires financiers espérés ne se trouvant pas toujours au rendez-vous, il a souvent dû utiliser ses propres ressources pour poursuivre les travaux. Ceux-ci ont duré douze ans, et ce n'est qu'en 1989 que l'inauguration put avoir lieu.

Théodore Monod dans sa préface du Bulletin d'information et de correspondance de l'Institut français d'Afrique Noire écrivait en 1959 : (…) les Africains veulent connaître leur histoire, histoire difficile à établir, certes, en l'absence d'architecture de pierre, d'épigraphie, de sources écrites (avant les chroniqueurs musulmans), histoire dont les seuls documents seront et la tradition orale et les fouilles archéologiques.(…) L'histoire ne se fabrique pas. C'est une réalité objective à découvrir, à explorer, à décrire. Avec son vrai visage, et non celui que, consciemment ou non, parfois nous lui souhaiterions.  (….) il faudra plus de chercheurs, des crédits pour exécuter les fouilles, d'autres pour publier les résultats de ces dernières ou les exposer au public dans des musées.

Guy Thilmans et ses équipes de chercheurs africains ont marché sur les chemins tracés par Théodore Monod, avec les mêmes contraintes : trouver les crédits et les hommes.

Oui, c'était un homme d'exception ; un homme vertueux, au sens latin du terme. D'un plan de carrière, il n'avait cure. Rentrer au pays pour occuper un poste digne de ses états de service, cela ne l'intéressait pas, Jouir d'une retraite somme toute bien méritée, ce n'était pas une destination envisagée. Se mettre au service d'une cause, d'un projet qu'il estimait juste, digne d'intérêt dont les retombées pouvaient nourrir le corps et la compréhension des personnes, voilà son ambition.

Être infatigable, son énergie, son enthousiasme, ses connaissances auront marqué une génération de chercheurs au Sénégal et ailleurs. Il aura suscité sans doute des vocations. Il aura, à son insu, donné l'image d'un homme à qui rien ne fut jamais donné ; qu'il faut se battre pour ses idées, travailler, persévérer. J'oserais même dire que la mort s'est accordée à sa personnalité : ne l'a-t-elle pas accueilli aussi discrètement qu'il l'eût souhaité ? Entre la jouissance dans ses travaux et le repos éternel, il eût été trop cruel pour lui d'être condamné à l'inactivité par un mal impitoyable. Cela lui fut épargné. Dieu merci.

Guy Thilmans, accepte ces propos élogieux; propos que nous n'aurions pas osé tenir en ta présence. Qui sait, un jour de l'an 3022, ton squelette sera peut-être découvert, mesuré par des chercheurs, daté au C14… As-tu imaginé pareil scénario au bord du Fleuve ?

Jeannine A. VAN CRAEN
au nom des premiers coopérants belges au Sénégal


Yves Ingenbleek, Jacqueline Hennaux, Marie-Ange Degive, William Ledent, André Saucez, Fernand Turloot, Thérèse et Jean-Jacques Charlier, Dominique Charlez,

 Emmanuel Polaczek, Lilyan Kesteloot, Claudine Dekais, Paul Gerresch, Théodore Rimaux,.


PARENTS ET AMIS

Guy a toujours été un grand frère aimable, serviable (corrigeant parfois mes devoirs de latin), intelligent, plein de talents (dessin, langues), esprit aventureux, curieux de tout, grand lecteur de tout ce qui lui tombait entre les mains, apprenant facilement et sans gros efforts, étant sans grands besoins ni confort mais pas très sportif. Il restait de ma génération, à part moi, le seul et dernier représentant de la famille Thilmans.

Je regrette vivement que papa et maman n'aient connu sa brillante carrière comme chercheur, car ils auraient été très fiers de leur fils aîné et ils n'auraient pas manqué de remercier tous ceux qui ont aidé et contribué à la réalisation de son œuvre.

Nous avons été tous fort affligés de son décès brutal. C'était souvent qu'avec les enfants nous évoquions la possibilité de lui rendre au Sénégal une visite surprise.

Nous vous prions de transmettre la reconnaissance de notre famille à tous ses collaborateurs, amis, à la direction de l'IFAN et aux représentants de la République du Sénégal pour tout ce qu'ils lui ont donné.

Yves THILMANS
Pharmacien retraité à Bruxelles


Frère cadet de Guy

Je n'avais pas connaissance du décès de cet estimé collègue. Sa réputation de scientifique de haute portée et de chercheur infatigable allait de pair avec son allure modeste et effacée.

J'ai été très heureux de faire avec lui un travail sur les hémoglobinoses.

Votre éloge m'apprend combien M. Thilmans s'est attaché à Saint-Louis, ma chère ville natale où j'ai grandi et ai mes racines sénégalaises. Une raison de plus pour me sentir proche de votre collègue.

Marc SANKALE
Ancien Doyen de la Faculté de Medecine de Dakar

Voila maintenant trois ans que nous a quitté le professeur Guy Raoul Thilmans. Chercheur émérite, il faisait partie de l'univers des Archives nationales et respectait les règles de fonctionnement de cette institution. Il n'entrait jamais dans la salle de lecture avant l'heure indiquée.

Sérieux dans le travail, calme et discret, il n'avait d'yeux que pour les documents qu'il consultait avec beaucoup d'attention, quel qu'en soit la typologie ou le support. Il avait une parfaite connaissance des différentes séries et sous-séries. Méticuleux, il remettait les dossiers d'archives dans un parfait ordre et avec discipline. Le professeur Thilmans n'hésitait jamais à faire part des résultats de ses recherches aux étudiants, archivistes et autres chercheurs. Auteur de nombreuses publications, il a, ce faisant, davantage contribué à faire connaître d'importantes séries du fonds documentaire conservé aux Archives nationales.

La Direction des Archives du Sénégal ainsi que l'ensemble des intellectuels du Sénégal et du monde se souvient de cet homme qui a mené une existence exclusivement consacrée à la recherche. Le Directeur, le personnel et l'ensemble des usagers des Archives nationales rendent un hommage déférent au regretté professeur arraché à leur affection le 13 décembre 2001 à quelques mètres de l'institution à laquelle il vouait un amour ardent.

Saliou MBAYE
Directeur des Archives du Sénégal


En ces circonstances douloureuses, permettez-moi, mon cher Guy, de vous témoigner toute mon amitié et vous dire la grande tristesse que nous éprouvons ma famille et moi-même en ce jour anniversaire de votre disparition. Je charge notre ami Cyr de nous représenter lors de cette commémoration et de lire la citation écrite lors de la soutenance de ma thèse à Paris en 1977.

Nous rendons hommage ici à un homme de très grande qualité, ayant consacré sa vie à la recherche avec le plus total désintéressement. Très sensible à la gentillesse de son accueil et de ses conseils, nous avons eu le grand honneur et la chance de travailler à ses cotés.

Qu'il nous soit permis de lui témoigner notre indéfectible attachement et notre très sincère reconnaissance.

Adieu l'Ami ! Reposez en paix en cette terre du Sénégal que vous avez tant aimée.

Bernard KHAYAT
Docteur en chirurgie dentaire

J'ai eu le privilège de connaître et d'apprécier le docteur Guy Thilmans dans le cadre d'une exposition luso-sénégalaise à l'IFAN que nous avons conjointement organisée sur les sources de la présence portugaise sur la côte sénégalaise et à laquelle il avait apporté une précieuse contribution en sa qualité d'historien.

Chercheur émérite et pluridisciplinaire, doué d'un sens élevé de simplicité et d'humilité, Thilmans impressionnait par la richesse de son savoir, une compétence rigoureuse et son engagement personnel au service de la promotion du patrimoine sénégalais. C'était un vrai "missionnaire de l'humanité".

En honorant la mémoire de ce grand pionnier, nous pouvons affirmer que ses travaux scientifiques et son action de coopération en Afrique et au Sénégal constituent une œuvre majeure pour la réhabilitation de notre héritage et un maillon essentiel des relations d'amitié entre l'Afrique et l'Europe.

Saint-Louis, le Sénégal, l'Afrique et le Monde lui en seront éternellement reconnaissants.

Charles DELGADO-FREIRE
Ambassadeur honoraire du Sénégal


TEMOIGNAGES DES SAINT-LOUISIENS

Cet homme,

Travailleur,

Humaniste,

Intègre,

Loyal,

Méticuleux,

Amoureux de son travail,

Nanti de savoir,

Soucieux du travail bien fait,

S’appelait Guy Raoul THILMANS.

Il nous a quittés !

Grand-père est parti ! Oui, il est bien parti, le Docteur !

Saint-Louis se souvient ! Le CRDS se souvient !

Amis et sympathisants du Patrimoine se souviennent !

Qui ne se souvient pas d’ailleurs ?

Qui ne se souvient pas avoir croisé ou aperçu cet homme frêle,

Cet homme grand, un sac noir sous le bras, longeant les quais du fleuve,

Mesurant les trottoirs et maisons de la rue Abdoulaye Seck Marie Parsine

Recensant les belles maisons à l’architecture coloniale remarquable,

Entraînant avec lui toute l’équipe du Musée du CRDS,

Qui ne se souvient avoir vu ou aperçu cet homme frêle,

Sur ou sous le Pont Faidherbe, mesurant, regardant avec les anciens ouvriers

Des Travaux Publics tout, jusqu’aux moindres détails,

Qui ne se souvient avoir vu le Docteur Thilmans sur la grue à vapeur de 20 t.

Ou dans les locaux des Archives Nationales du Sénégal,

Avec ses cheveux tout blancs, sa chemise blanche et ses lunettes à un seul bras,

Scrutant ouvrages, archives, périodiques…,

Qui ne se souvient de cet homme disant avec un fort a

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