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Dcs Yves Thilmans - 23 fvrier 2018
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Compte-rendu de Assemble gnrale ordinaire du 3 fvrier 2018 - Samedi 10 fvrier 2018
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Assemble Gnrale Ordinaire - Samedi 3 fvrier 2018
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Prsentation de l'ouvrage TIRAILLEURS SENEGALAIS Tmoignages pistolaires 1914-1919 - Mercredi 11 Mars 2015
Pierre ROSIERE-Mamadou KONE-Cyr DESCAMPS prsenteront l'ouvrage l'Institut Franais 18h30
Prsentation du livre les Garnisons de Gore - Lundi 5 Mai 2014
19 heures l'Institut franais de Dakar (89, rue Joseph Gomis) prsentation du livre "Les Garnisons de Gore" de Maurice MAILLAT.
Message de Stephen Grant, membre d'honneur de l'AAMHIS - mardi 18 fvrier 2014
Livres sur Strickland, consul amricain Gore Lien : http://www.youtube.com/watch?v=M-wrBKbOSF8
THILMANS 1922-2001 

Guy Raoul THILMANS est né le 30 août 1922 à Louvain, où son père exerçait la profession de médecin. A la fin de ses études secondaires, effectuées au Collège Sainte-Trinité, éclate la seconde Guerre Mondiale. Trop jeune pour être incorporé dans l’armée belge (il a alors 17 ans), il franchit clandestinement la frontière française et, prétextant la perte de ses pièces d’identité, il se vieillit de deux ans, ce qui lui permet de s’engager comme volontaire étranger dans l’armée française. Fait prisonnier, il est incarcéré pendant six mois à Bordeaux, dans le fort du Ha, avant d’être libéré en tant que citoyen belge. En 1944, après le débarquement des forces alliées, il rejoint les troupes anglaises et les accompagne dans leur progression qui conduit à la Libération, ayant en charge l’aménagement de camps pour les prisonniers allemands.

Après la guerre, Guy Thilmans exerce différentes professions paramédicales, en particulier à l'Eco le Vétérinaire d'Anderlecht, et plus tard au Sanatorium de Waterloo, tout en poursuivant des études universitaires. D'abord à Louvain, sa ville natale, où se trouve la plus ancienne université de Belgique. Il y passe une candidature en biologie en 1953, puis s'inscrit à l'université d'Etat de Liège où il passe une licence de zoologie en 1957 et présente, comme travail terminal, l'étude d'une série de crânes de l'Uelele (Congo belge) conservés au Musée de Tervueren. C'est de nouveau à Louvain qu'il parfait sa formation en suivant des cours d'anatomie et en préparant un doctorat dans le laboratoire du professeur Twisselmann. Il soutient en1962 une thèse de doctorat sur les Pygmées Bambuti du Haut-Ituri (Congo ex-belge), travail qu'a dirigé le professeur Vandenbroeck, un célèbre primatologue. Il a parcouru l’Europe pour étudier tout le matériel craniologique et ostéologique disponible et a mis en œuvre les tests statistiques les plus performants, utilisant pour ce faire un ordinateur de première génération. Il peut ainsi démontrer que ces Pygmées, comme d’ailleurs tous ceux d’Afrique tropicale, ne constituent pas une "race" particulière, mais sont des Bantous dont une mutation, favorisée par la pression sélective du milieu forestier, a réduit la taille sans modifier les proportions corporelles. Cette thèse, révolutionnaire, va être confortée dans les décennies suivantes par la génétique moléculaire. Elle atteste que l’anthropologie traditionnelle, anatomique et biométrique, n’est pas une science dépassée mais peut pleinement contribuer à la connaissance de l’Homme.

Lors de ses consultations d'archives, Guy Thilmans avait accumulé des informations inédites sur Saartje Baartman, une jeune Khoisan décédée à Paris le 1er janvier 1816 à l'âge de 26 ans, dont l'anatomie avait été étudiée par G. Cuvier : le moulage de son corps a longtemps été, sous l’appellation de Venus Hottentote, une des attractions du Musée de l’Homme à Paris. Il en tire la matière de sa thèse secondaire, dont le titre en forme d’interrogation est : La Vénus Hottentote est-elle Bochimane ?

Souhaitant poursuivre des recherches d’anthropologie africaine, et sachant que certaines populations de Sénégambie inhument leurs griots dans le tronc creux de gros baobabs, Guy Thilmans débarque à Dakar en juillet 1965, avec un programme de recherches bien défini. Il ne quittera plus le Sénégal et fera toute sa carrière à l’Institut Fondamental d'Afrique Noire (IFAN), d’abord comme boursier (1965-1966) puis comme coopérant belge (1966-1987) offrant un exemple unique de longévité dans son administration, où prévalent les projets de courte durée. Atteint par la limite d’âge, il est embauché sur contrat local, renouvelé tant que ce sera possible (jusqu'en 1992) par l’Université de Dakar, qui ne veut pas se séparer d’un chercheur aussi actif. Il faut dire que Guy Thilmans ne va pas être seulement un anthropologue mais également un historien, un archéologue spécialisé en protohistoire et enfin un muséographe.

Ses premiers travaux au Sénégal portent sur la craniologie et, après avoir réactivé le département d’Anthropologie Physique de l’IFAN, en sommeil depuis plus de dix ans, il rassemble une très importante collection de restes osseux humains, la troisième pour l’Afrique Noire d’après le nombre d’individus. Il exploite en particulier les gros baobabs dont le tronc creux servait de sépulture aux griots. Des publications, dont celle d’un résumé de sa thèse, paraissent régulièrement dans le Bulletin de l’IFAN.

Guy Thilmans s’intéresse aussi à l’histoire. Maîtrisant la pratique d’une demi-douzaine de langues, dont le latin et - ce qui est précieux pour l’Ouest africain - le néerlandais ancien, il accède à des documents inédits qui vont renouveler l’histoire de la Sénégambie aux XVIe - XVIIe siècles. Il publie rarement seul (c'est le cas pour une nouvelle traduction annotée de Dapper en 1971) mais le plus souvent en co-signature, sa collaboratrice habituelle étant une étudiante afro-brésilienne, Nize Isabel de Moraes. La synthèse obtenue en exploitant des documents provenant de fonds d’archives portugais, hollandais, français, anglais, italiens, allemands a fait l'objet d’une thèse de troisième cycle soutenue par celle-ci en 1977 à la Sorbonne. Ce travail, véritablement colossal, a été publié sous le titre A la découverte de la Petite Côte au XVIIe siècle (Sénégal et Gambie) : quatre tomes ont paru, en 1993, 1995 et 1998 rassemblant plus de 1100 p. Le chercheur belge est mentionné en tant que directeur de l'ouvrage.

C’est en 1971 que Guy Thilmans, aidé par Cyr Descamps, va réaliser ses premières fouilles protohistoriques. D’abord consacrées aux amas coquilliers du bas Saloum, elles vont rapidement s’étendre aux autres aires de la protohistoire sénégambienne : celle des tumulus puis celle des mégalithes, de 1973 à 1979. Ces fouilles donnent une vision totalement nouvelle de ces monuments funéraires. Pour la province mégalithique, les fouilles seront publiées en 1980 sous forme d’un mémoire de l'IFAN, Protohistoire du Sénégal, tome 1, co-signé avec Cyr Descamps et le docteur Bernard Khayat, odontologue. Les fouilles concerneront aussi la vallée du Sénégal où, sur le site de Sintiou Bara (près de Matam), Guy Thilmans dirige six campagnes annuelles qui donneront lieu, en 1983, à la publication d’un second Mémoire, tome 2 de la Protohistoire du Sénégal.



Guy Thilmans a également effectué de nombreux recensements de sites protohistoriques, et on lui doit la publication, en 1977, du "Trésor de Podor" découvert fortuitement en 1958 et resté inédit pendant près de vingt ans.

L’œuvre muséographique de Guy Thilmans, dernier volet de son inlassable activité, est probablement celle qui lui a tenu le plus à cœur. Moins d’un an après son arrivée à Dakar, il organise au Musée d’Art Africain de l’IFAN une exposition de protohistoire où il conçoit et réalise lui-même une présentation extrêmement originale autour d’un baobab éclairé par la lune. Cette exposition est inaugurée en juin 1966 par le président Léopold Sédar Senghor.

En 1967, dans le vaste Musée Dynamique qui vient d’abriter l’exposition-phare du Premier Festival Mondial des Arts Nègres, il réalise une présentation de l’archéologie et de l’histoire sénégalaise. A cette occasion, il fait transporter à Dakar un mégalithe en forme de pierre-lyre et un bas-fourneau du Sénégal Oriental. Cette superbe exposition, intitulée “Témoins des Temps Passés”, est inaugurée en février 1967 par les présidents Senghor et Modibo Keita, et donne lieu à la publication d’un catalogue qui en souligne la richesse.

A la fin de la même année, en décembre 1967, Guy Thilmans, infatigable, monte une nouvelle exposition au Musée Dynamique, de préhistoire ouest-africaine cette fois, pour accompagner le VIe Congrès Panafricain de Préhistoire qui tient ses assises à Dakar sous la présidence d'Amadou Mahtar Mbow, futur directeur général de l'UNESCO. Il a également préparé trois communications, qui seront présentées par les techniciens du département de Pré-Protohistoire de l'IFAN. Cette rencontre où se retrouvent les plus grands noms de la recherche africaine (Louis Leakey, John Desmond Clark, Henriette Alimen, Jean Hiernaux ...) marque un tournant de la préhistoire africaine car Camille Arambourg et Yves Coppens y font état de la première découverte de paléontologie humaine (Paraustralopithecus aethiopicus) faite dans la vallée de l'Omo.

En 1970-71, Guy Thilmans rénove plusieurs salles du musée historique de Gorée, alors installé dans l’ancien palais de justice, puis collabore en 1974 à une exposition présentée au Centre Culturel français, Trois Milliards d’Années, de l’origine de la Vie à la Vénus de Tiaroye qui recueille un grand succès populaire. Il récidivera six ans plus tard, dans les mêmes locaux, pour Cosaan-u-Senegal (le Passé du Sénégal).

L’œuvre de sa vie, muséographiquement parlant, va être l’aménagement d’un nouveau Musée Historique dans le fort d’Estrées de Gorée. Pendant douze années (1977 - 1989) il restaurera patiemment le bâtiment pour le remettre dans son état d’origine, au milieu de difficultés dues à l'insularité du lieu et aux moyens financiers limités dont il dispose. C’est en payant non seulement de sa personne mais aussi de sa poche qu’il parvient à réaliser des travaux considérables pour une somme globale finalement modique. Disposant d’une équipe de maçons qu’il a formée à la restauration, Guy Thilmans intervient à la Maison des Esclaves, à la demande du conservateur Joseph Ndiaye, pour des travaux de consolidation et il en profite pour exécuter une mise en  conformité de la façade avec les plus anciens documents iconographiques. Il intervient également sur la Batterie de la Place, où il réalise la première fouille scientifique d’un site historique. Celle-ci révèle quatre niveaux superposés d’ouvrages militaires, sus-jacents à un établissement protohistorique !

La seconde phase de la réalisation du Musée Historique concerne l’aménagement muséographique à proprement parler. Travailleur solitaire, Guy Thilmans rassemble la documentation et élabore lui-même le schéma de chaque salle et touche à des domaines aussi divers que la traite des Noirs, les confréries islamiques, les royaumes traditionnels de Sénégambie, l’histoire coloniale et post-coloniale. Sans parler de l’archéologie pré et protohistorique et des contacts avec l’Europe sous l’Ancien Régime où sa compétence fait depuis longtemps autorité. C’est donc une suite de treize casemates qui sont chacune affectées à un thème particulier, en partant de l'Age de la Pierre pour aboutir à l'époque actuelle.

Lorsque le Musée est enfin inauguré en mars 1989, l' IFAN célèbre son cinquantenaire et on peut affirmer que, de ce demi-siècle de vie scientifique, Thilmans a été un acteur privilégié de sa seconde moitié. Les visiteurs vont s’émerveiller devant la salle des Mégalithes, où a été transportée, avec les difficultés que l’on imagine, la pierre-lyre de trois tonnes autrefois récupérée pour le Musée Dynamique ; devant la salle de l’Esclavage au centre de laquelle est présentée une maquette au 1/20, réalisée pour la circonstance, du brick négrier l’Aurore ; devant la salle du Tékrour, où une fresque murale fournit un panorama complet des activités traditionnelles dans la vallée du Fleuve ; devant la salle de l’Islam avec sa superbe mosaïque et ses stylisations graphiques lumineuses, etc. Cette réalisation, dont Thilmans a été véritablement l’homme-orchestre, est une illustration des qualités multiformes dont fait preuve son auteur.

C’est ensuite à Saint-Louis que le chercheur belge, à la retraite depuis 1992 mais soutenu financièrement par la Communauté Française de Belgique, va montrer son savoir-faire en renouvelant de fond en comble le Musée du Centre de Recherches et de Documentation du Sénégal (ex-Centre IFAN). Cette nouvelle présentation est inaugurée en 1994. Un an plus tard, on l'appelle à Thiès où l’attend une nouvelle rénovation, celle du Musée Régional installé dans l’ancienne Forteresse. L'opération est menée à bien en deux mois et ce Musée, attenant au Centre Culturel, devient un pôle d'attraction pour les élèves des écoles et lycées de toute la région.

Guy Thilmans habite maintenant Saint-Louis, ville pour laquelle il s'est pris d'une véritable passion. Il s'intéresse plus spécialement à l'histoire de ses bâtiments et de ses installations, précurseur au Sénégal d'une archéologie industrielle qui est devenue objet d'étude en Europe. Saint-Louis est, depuis peu, jumelée avec Lille et Liège. Dans l'espoir d'intéresser les deux capitales régionales européennes au sort de leur soeur africaine, il a créé une revue, modestement intitulée Saint-Louis Lille Liège. Six numéros vont paraître entre 1992 et mai 2001, et deux autres, consacrés à l'Hôtel du Conseil général et au Pont Faidherbe, étaient prêts pour l'impression. Ces publications, doublées par une action concrète sur le terrain (restauration d'une grue à vapeur plus que centenaire, inventaire des matériaux utilisés pour la voirie, consignes pour la réhabilitation des immeubles de style colonial etc.) contribuent à une prise de conscience de la valeur et de la fragilité de ces structures. Couronnement de ses efforts, la ville de Saint-Louis a été inscrite, en décembre 2000, sur la liste du Patrimoine Mondial.

La protection du patrimoine ne concerne pas seulement l'époque historique. Dès 1986, Thilmans a poussé un cri d'alarme en publiant, dans le quotidien national Le Soleil deux articles en pleine page titrés Menaces sur le patrimoine protohistorique. Dans la revue précitée, une de ses contributions, en 1997, est intitulée Fouille et dégradations dans les îles du Saloum. Une équipe de télévision ayant projeté de tourner un documentaire sur la question, il accepte de reprendre les fouilles d'une nécropole, n'oubliant pas qu'il est avant tout anthropologue. Cette opération aura un double but : compléter une documentation qui doit aboutir au t. 3 de la Protohistoire du Sénégal et donner aux cinéastes les images d'une recherche en cours. Au printemps 2000, alors qu'il va avoir 78 ans, il dirige les fouilles sur le site coquillier de Djouta, dans les îles du Saloum. Les résultats en seront présentés, avec l'auteur de ces lignes, dans une communication faite en septembre 2001 à Liège, au XIe Congrès de l'UISPP. Et le documentaire de 50 minutes Sur les traces des mangeurs de coquillages tourné à cette occasion par Laurence Gavron a été primé au 4ème Festival International du Film Archéologique de Bruxelles (novembre 2001).

Guy Thilmans est décédé brutalement le 13 décembre 2001 à Dakar et a été enterré le 22 décembre à Saint-Louis. Ses amis conserveront le souvenir d'un chercheur infatigable, d'une culture véritablement encyclopédique, toujours prêt à rendre service. Et toujours discret, pour ne pas dire effacé, laissant souvent à ses collaborateurs le mérite d'un labeur dont il assumait l'essentiel. Il a consacré près de la moitié de sa vie, sans prendre jamais le moindre repos (le terme de vacances ne faisait pas partie de son vocabulaire) à la connaissance, la promotion et la protection du patrimoine de son pays d'adoption, le Sénégal. Ses collègues et amis se sont mobilisés pour que son œuvre soit poursuivie, et que de nombreux travaux laissés inachevés soient publiés.

 

Cyr DESCAMPS

 

Volontaire-sénior de l'Agence Universitaire de la Francophonie
Ancien chercheur à l'IFAN-Université de Dakar (1965-1982)

N.B. Cette biographie a été publiée en 2002 sous une forme condensée dans
Anthropologica et Praehistorica, Bull. de la Société Royale Belge d'Anthropologie et de Préhistoire, n°113, p. 135-139

 

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