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Prsentation publique au centre socio-culturel Joseph Ndiaye de Gore 11 h - Samedi 17 novembre 2018
Du " Phnix des Tropiques ",manuscrit indit de Maurice Maillat en 5 tomes Gore la Signare , Gore la Ngrire , Gore la Franaise .
Dcs Yves Thilmans - 23 fvrier 2018
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Compte-rendu de Assemble gnrale ordinaire du 3 fvrier 2018 - Samedi 10 fvrier 2018
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Assemble Gnrale Ordinaire - Samedi 3 fvrier 2018
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Prsentation de l'ouvrage TIRAILLEURS SENEGALAIS Tmoignages pistolaires 1914-1919 - Mercredi 11 Mars 2015
Pierre ROSIERE-Mamadou KONE-Cyr DESCAMPS prsenteront l'ouvrage l'Institut Franais 18h30
Prsentation du livre les Garnisons de Gore - Lundi 5 Mai 2014
19 heures l'Institut franais de Dakar (89, rue Joseph Gomis) prsentation du livre "Les Garnisons de Gore" de Maurice MAILLAT.
Message de Stephen Grant, membre d'honneur de l'AAMHIS - mardi 18 fvrier 2014
Livres sur Strickland, consul amricain Gore Lien : http://www.youtube.com/watch?v=M-wrBKbOSF8

Salle 9: TRAITE NEGRIERE

Comme pour les textes de la salle 8, G. Thilmans avait regroupé ceux de la salle 9 dans une brochure polycopiée vendue au profit de l’Association des Amis du Musée. Nous la reproduisons telle quelle, en ajoutant que ce document a fait l’objet d’une brochure imprimée en 2007 intitulée INFORMATIONS SUR L’ESCLAVAGE; cette brochure a fait l’objet en 2010 d’une nouvelle édition en français et d’une traduction en anglais intitulée FACTS ABOUT SLAVERY.

 

G. Thilmans a fait précéder son ouvrage de l’avertissement suivant :

Le texte ci-après reprend celui présenté aux visiteurs de la salle relative à l’esclavage dans le Musée Historique de Gorée. En dehors d’un panneau d’introduction sur la traite européenne et d’un autre consacré à la traite arabe, cette salle renferme quatre groupes de panneaux respectivement relatifs à la capture, à la traversée de l’Atlantique, à la vie outre-mer et à la libération. Chacun de ces quatre groupes comporte un texte central et deux panneaux latéraux de photos. Nous avons reproduit non seulement les textes centraux mais également les légendes des photos, celles-ci apportant des compléments d’information pouvant être saisis par le lecteur, même en l’absence des photos elles-mêmes.

 

I ‑ LA TRAITE  EUROPEENNE

 

La traite européenne commença en 1441, lorsque pour la première fois des Africaine, capturés par des marins portugais, furent débarqués dans le port de Logos, pour y être vendus comme esclaves. Ce trafic se poursuivit en direction de la Péninsule Ibérique et des îles de la côte africaine.

Ce ne sera cependant qu’après la découverte de l’Amérique en 1492, que le commerce des esclaves prendra progressivement un développement considérable. Cette traite des Noirs entre la côte africaine et le Nouveau Monde débuta dans la première décennie du 16e siècle.

Durant le XVIe siècle, les Portugais restèrent presque les seuls Européens à pratiquer le commerce des esclaves. Au cours du siècle suivant, les Français, les Anglais et les Néerlandais s’y lanceront à leur tour, provoquant un accroissement important du volume de la traite.

Au XVIIIe siècle, les trois nations négrières majeures furent le Portugal, l’Angleterre et la France.

Après l’abolition du commerce des esclaves par l’Angleterre en 1807, une traite importante, en partie illégale, va se poursuivre jusqu’en 1865.

La traite européenne aura donc duré plus de quatre siècles, atteignant son apogée au cours des XVIIIe et XIXe siècles.

En dehors des pays européens cités ci-dessus, les Danois, les Suédois, les Brandebourgeois (dans l’actuelle République Fédérale d’Allemagne), les Courlandais (dans l’actuelle Union Soviétique), les Espagnols, les Ostendais (dans l’actuelle Belgique) y ont également participé, quoique à un moindre degré.

 Après des recherches poussées, Ph. Curtin en 1969 a provisoirement évalué à neuf millions et demi le nombre total des esclaves qui débarquèrent au Nouveau Monde. Selon cet auteur, le chiffre réel doit se situer entre 8 000 000 et 10 500 000. Ces estimations sont généralement considérées par les chercheurs comme des approximations satisfaisantes, encore que pour certains, la traite illégale du XIXe siècle semble sous-estimée par Ph. Curtin. Par ailleurs, il faut considérer que les estimations de cet auteur ne tiennent pas compte de la mortalité qui frappait les captifs amenés de l’intérieur à la côte, ni de celle survenant avant l’embarquement, ni de celle frappant les esclaves au cours de la traverse. Si ces facteurs (dont le premier ne sera jamais connu) étaient pris en considération, le nombre total des Africains concernés par la traite européenne s’accroîtrait considérablement.

 

LA CAPTURE

L’obtention d’esclaves par les négriers européens s’effectua, pour une part limite, contre la volonté des Africains (méthodes violentes), et pour une plus large part, avec la collaboration de certains d’entre eux.

 

MÉTHODES VIOLENTES 

La première d’entre elles, qui n’a contribué que pour une fraction réduite à l’approvisionnement en esclaves, est celle du rapt d’un ou de plusieurs Africains libres montés à bord du navire négrier. Leurs compatriotes exerçaient alors des représailles contre les membres de l’équipage du premier bâtiment de même nationalité arrivant à leur côte. C’est ainsi qu’en 1475, un roi de Gambie et sa suite, montés à bord d’un négrier espagnol, furent saisis par traîtrise par les membres de l’équipage de celui-ci et vendus en Andalousie. 

La seconde est celle de la capture d’Africains par des marins européens descendus à terre. Elle ne fut qu’épisodiquement pratiquée : par les Portugais au cours des premières années de la découverte de l’Afrique Noire, par Sir John Hawkins en Sierra Leone en 1562, par J. Ducasse  la Petite Côte en 1679...... 

La dernière est une méthode mixte qui ne diffère de la précédente que par la participation d’Africains. Elle fut utilisée en Angola aux XVIe et XVIIe siècles : alliés aux Jaga. Les Portugais s’emparaient de groupes de Congolais, avec l’accord tacite du gouverneur de Luanda. De même, en 1775, à l’embouchure du fleuve Sénégal, le gouverneur anglais C. O’Hara s’allia-t-il aux Maures pour razzier le Walo et obtenir des cargaisons d’esclaves.  

 

MÉTHODES PACIFIQUES

La première d’entre elles consiste dans le recours à des intermédiaires blancs ou métis fixés dans le pays et en contact avec les autorités africaines, desquelles ils se procuraient des esclaves. Ce sont les lanados (Petite Côte, Gambie, Rivières du Sud), les tangamaos (Sierra Leone), les pombeiros (Angola) des XVIe et XVIIe siècles. A la Petite Côte et  Saint-Louis, au siècle suivant, des Africains et des métis français jouèrent le même rôle.

La seconde consiste dans l’utilisation d’intermédiaires uniquement africains. L’exemple le plus structuré est celui des royaumes alors appelés d’Angola (au Nord de l’embouchure du Congo). Leurs dirigeants maintinrent leur autonomie vis-à-vis des négriers de toutes nationalités, qui devaient utiliser les services de courtiers africains. Ceux-ci représentaient les marchands d’esclaves venant de l’intérieur, et ils étaient responsables envers les autorités du pays. Ces royaumes étaient parmi les principaux centres négriers (environ 15 000 esclaves par an vers 1760). Dans des points de traite moins importants, le processus pouvait être moins élaboré, mais restait fondamentalement le même. C’est ainsi qu’au Saloum, d’anciens auteurs mentionnent que la traite était officiellement ouverte par le roi du pays.

Le troisième, est le rassemblement de captifs dans les esclaveries des nombreux forts européens de la côte ouest-africaine. Les gouverneurs de ces forts les achetaient aux traitants africains. En cas de monopole, ils ne les remettaient qu’aux négriers mandats par leur métropole.

La dernière méthode de traite était dite à la sauvette. Le négrier longeait lentement la côte, s’arrêtant ça et là pour acquérir quelques esclaves au gré des circonstances.

Avant l’achat, le chirurgien du navire procédait à une visite corporelle des captifs, afin de déceler d’éventuels défauts physiques. Le prix d’achat variait d’après l’âge, le sexe et l’état physique. Les hommes étaient payés plus cher que les femmes, et celle-ci l’étaient plus que les enfants. A quelques endroits de la côte, où la concurrence était forte (Ouidah, Cabinda), les risques de confusion étaient à craindre. Aussi, les esclaves étaient-ils marqués, soit au moyen d’une étampe en argent chauffé, soit simplement avec le fourneau d’une pipe en terre.

L’éventail des marchandises offertes par les Portugais des XVe et XVIe siècles était réduit et parfois limité à un article unique (chevaux, manilles). Par contre, les traitants européens des XVIIe et XVIIIe siècles, proposaient généralement des assortiments d’articles très divers, comprenant des tissus de diverses qualités, des armes  feu, de l’eau-de-vie, des objets de parure, des couteaux, des sabres, des barres de fer etc. Ces articles variaient selon l’endroit de la côte et selon l’engouement du moment des Africains. La concurrence entre négriers pouvait faire fortement monter les prix. En Sénégambie, au XVIIIe siècle, la valeur des diverses marchandises offertes en payement d’un esclave était évaluée en barres, par référence approximative au prix d’une barre de fer.             

P. Curtin estime qu’entre 1711 et 1810 (en dehors de cette période on possède moins de documents) environ 180 000 esclaves ont été transportés de Sénégambie en Amérique. Sur les fleuves Sénégal et Gambie, la majorité de ceux-ci venaient, au 18e siècle, de loin dans l’intérieur, en chaînes d’esclaves conduites par des Africains. Les principaux points d’embarquement étaient Saint-Louis (embouchure du Sénégal), Gorée, James fort (embouchure de la Gambie).        

Le XVIIIe siècle est la période au cours de laquelle la traite atlantique fut la plus intense en Sénégambie. Quoique celle-ci ait porté sur un nombre de captifs moins élevé qu’en d’autres endroits de la côte africaine, elle n’en était pas moins, comme l’ont montré plusieurs chercheurs, à l’origine de conséquences importantes.

Au Walo et au Fouta Toro, l’impact de la traite européenne s’est ajouté à celui de la traite saharienne pratiquée par les Maures et les Marocains. Le Walo finit par subir un abaissement définitif, alors que la révolution torodo, mouvement religieux, politique et social, affranchissait le Fouta de la domination maure et de la traite européenne.

Au Kayor et au Baol, il résulte des documents d’archives comme des données de la tradition, que les pillages en vue de la prise de captifs, provoquèrent, l’apparition de zones d’insécurité et de déplacement de populations, tandis que se manifestaient de profondes transformations sur les plans politique et social.

Au Sine, où les autorités ne se livrèrent pas en dehors des guerres  un commerce des esclaves très actif, les bouleversements furent moins profonds.

Au Saloum, la traite, surtout pratiquée avec les Anglais, était en partie alimentée par des pillages, et en partie par des chaînes de captifs venus de l’intérieur.

Quant au Djolof, il resta moins directement concerné par la traite atlantique que les Etats côtiers précédents. En Basse-Casamance, les Diola et les Balant y étaient opposés.

 

 

Légende des photos

Panneau de gauche

‑ Razzia de capture d’esclaves à Ben, village des environs de Dakar, aujourd’hui disparu. Il existe plusieurs variantes de cette figure, dont une publiée en 1820 par F. Shoberl. 

‑ Traite afro-arabo-berbère. Prise de captifs par les Maures. Œuvre d’imagination qui correspond à un fait réel, celui de la traite négrière des Maures et des Marocains. Appelés Salétins ou Ormans, ces derniers furent particulièrement actifs dans la région du fleuve Sénégal au cours de la première moitié du 18e siècle.

‑ Traite afro-arabe. Razzia de capture d’esclaves dans l’actuel Zaïre, d’après H. von Wissmann, 1887. Ces razzias devaient se dérouler de façon semblable aux confins des royaumes sénégalais.

‑ Traite afro-européenne. Captifs de l’intérieur conduits à Mayombé (actuel Gabon). Les récalcitrants portaient la cangue, fourche de bois destinée à empêcher la fuite. Ce système, très répandu, se retrouve en Afrique orientale.

‑ Traite afro-africaine. Captifs Diallonké rencontrés par E. Mage en 1866. Ils étaient conduits par un Toucouleur, et se rendaient de Dinguiraye (Fouta Djallon) à Ségou. Comme dans nombre de cas, les captifs servaient aussi de porteurs, la caravane étant également commerciale.

‑ Traite afro‑arabe. Une captive ne pouvant plus continuer est tuée, afin d’inciter les autres à poursuivre (D. Livingstone, 1866). Chez les Mandingues, le captif épuisé était abandonné, après avoir été fouetté (Mungo Park, 1797).

‑ Traite afro-européenne. Localité de Kamalia (SW de Bamako), d’où partit, en 1797, une caravane de captifs en direction de la Gambie. Mungo Park l’accompagnait. Le transport des captifs était une entreprise élaborée, ayant ses relais de ravitaillement, ses points de vente de captifs, ses trajets définis.

‑ Traite afro-européenne. Vue plongeante de Cape Coast Castle (Ghana actuel), principal établissement anglais de l’époque. Une vaste prison souterraine pouvait, en 1750, contenir 1 500 esclaves, en attente d’embarquement.

‑ Traite afro-européenne. Quibanga de la Côte d’Angole (Gabon et Congo actuels). Les parois du rez-de-chaussée sont faites de pieux jointifs ; les esclaves y sont enfermés dans l’attente de leur embarquement. L’étage sert de comptoir.

  

Panneau de droite

‑ Perles de traite. Les plus communes étaient négociées par masses et les plus rares à la pièce. Il en existait une très grande variété, portant des noms divers : contecarbes, marguerites, olivettes, rosados..., ainsi que des cornalines et du corail. Les entrepôts des forts de la Côte de l’Or en contenaient de grandes quantités (onze tonnes Elmina en 1645). Nombre d’entre elles étaient fabriquées à Venise ou aux Pays-Bas.

‑ Les textiles tenaient une grande place dans les changes de la traite ; au XVIIIe siècle, ils entraient pour les deux tiers dans la cargaison. D’abord de laine ou de lin, les tissus de coton dominèrent de plus en plus au XVIIIe siècle. Ci-dessus, toile de coton imprimée, dite indienne. Contrefaçon de fabrication nantaise utilisée pendant la traite (Muse des Salorges). L’éventail des textiles troqués était très varié. Des vêtements étaient également négociés.

‑ Cauris, coquillages des îles Maldives, dans l’océan Indien. Dès avant l’arrivée des Européens, des coquillages servaient de monnaie du Bénin et au Congo. A partir de 1515, les navires portugais revenant des Indes, chargeaient des cauris comme ballast, et ceux-ci étaient ensuite réexportés en Guinée inférieure. Les cauris restèrent en usage durant toute la période de la traite. En 1788 par exemple, un négrier nantais allant à Ardres, en avait chargé 24 tonnes.

- Ravitaillement en eau potable à la Presqu’île du cap Vert, contre paiement en eau-de -vie, au chef africain de l’aiguade. Eau-de-vie et vin étaient utilisés à l’achat d’esclaves. L’eau-de-vie était une des principales marchandises d’exportation de la France à l’époque, de sorte que les négriers en chargeaient de grandes quantités. Elle était vendue trempée, c’est à dire mélangée d’eau.

‑ Plaques du Bénin du XVIe siècle, représentant des Portugais tenant des manilles à la main. Ces bracelets en cuivre ou plus souvent en laiton étaient utilisés par les Portugais à l’achat d’esclaves : au Bénin, au XVIe siècle, un esclave coûtait dix manilles. Par la suite, les autres Européens importèrent surtout des bassins, des chaudrons, des pots etc. Au XVIIe siècle, environ 700 tonnes de cuivre étaient transportées annuellement à la côte de la Guinée. 

‑ Les barres de fer étaient longues de 3 m et pesaient de 11 à 15 kg. Elles pouvaient être débitées en pattes dont chacune suffisait à confectionner trois ilers. Dès le milieu du XVIIe siècle, les Hollandais expédiaient 25 barres par an à la côte de Guinée. Les barres servaient entre autre à l’achat d’esclaves. A la Petite Côte, elles servaient de monnaie de compte.

‑ Fusil de traite (Muse des Sabres). Les Portugais des XVe et XVIe siècles ne pouvaient trafiquer d’armes à feu, sous peine de mort. A partir du XVIIe siècle par contre, les autres Européens importèrent de grandes quantités de mousquets, de poudre, de balles et de pierres à feu.

‑ Sabre de traite signé Cassagnaré à Nantes. Lame d’acier, gravée Vive le Roi, poignée de corne (Muse des Salorges). Les sabres ne figurent pas en nombre élevé dans la cargaison des négriers. Par contre, couteaux et hameçons étaient chargés par milliers.

‑ Aux XVe et XVIe siècles, les Portugais changeaient sur la Petite Côte des chevaux contre des esclaves. Aux siècles suivants, les autres Européens ne poursuivirent pas ce type d’échange. Sur le fleuve Sénégal par contre, les Maures des XVIIe et XVIIIe siècles continuèrent à s’y livrer, au prix moyen d’une dizaine d’esclaves par cheval. Le nombre d’esclaves demandés variait avec la qualité de l’animal.

 

LA TRAVERSÉE

Dans la majorité des armements négriers, la traversée de l’Atlantique faisait partie d’un circuit complexe intéressant trois continents, d’où son nom de trafic triangulaire. Le navire négrier quittait l’Europe chargé de marchandises. Sur la côte africaine, celles-ci étaient changées contre des esclaves, lesquels étaient transportés en Amérique. Le bâtiment regagnait l’Europe chargé des produits obtenus en Amérique grâce au travail des esclaves (sucre, coton, café, tabac, indigo etc.).

Au XVIIIe siècle, les principaux ports négriers européens étaient Liverpool (le plus important de tous) et Bristol en Angleterre, Nantes et le Havre en France, Midelbourg et Amsterdam aux Pays-Bas. Selon les points de départ sur la côte africaine et les ports d’arrivée sur celle d’Amérique, la traversée de l’Atlantique durait en moyenne de un à trois mois. Elle pouvait toutefois être considérablement allongée par l’absence de vents les « calmes » régnant pendant certaines périodes de l’année aux environs de l’équateur. En cas conditions défavorables, le capitaine négrier faisait escale aux îles portugaises de Sao Tomé ou Principe. Les esclaves étaient débarqués et nourris de vivres frais.

Mieux conservées que celles du siècle précédent, les archives du XVIIIe siècle permettent, en dépit de lacunes et de contradictions, certaines conclusions chiffrées. C’est ainsi qu’en ce qui concerne le port de Nantes, on retrouve des traces suffisamment complètes de 877 campagnes négrières qui se déroulèrent entre 1707 et 1793 et au cours desquelles 294 489 esclaves furent embarqués. En moyenne, chaque navire transportait donc 336 esclaves. Quant à la capacité moyenne des bâtiments, elle était de 177 tonneaux, soit 250 m3, bien inférieure par conséquent à celle des cargos modernes.

La cargaison humaine d’un navire négrier comprenait généralement un tiers de femmes, ainsi qu’un nombre limité d’enfants et d’adolescents. Les femmes étaient logées dans un local qui leur était réservé ; elles n’avaient aucun contact avec les hommes. Elles n’étaient pas mises aux fers, alors que leurs compagnons l’étaient généralement.

Sauf par mauvais temps, les esclaves montaient sur le pont pendant la journée. On les occupait à de menus travaux (enfilage de perles, confection de cordes, tressage de chapeaux pour l’équipage).

Les esclaves recevaient matin et soir une sorte de bouillie cuite dans de grandes chaudières. Elle était constituée de denrées achetées en partie en Europe, en partie sur la côte africaine : fèves, riz, gruau, farine de gros mil, de maïs, de manioc. De l’huile de palme et du piment y étaient ajoutés. Un peu de viande était épisodiquement distribué (25 g de lard par tête sur les négriers néerlandais). Des distributions de noix de coco, d’oranges et de citrons étaient faites au gré des possibilités. Un peu de tabac et d’eau-de-vie était souvent accordé.         

Dans l’entrepont, où les esclaves passaient la nuit, la place réservée à chacun d’eux était insuffisante pour leur permettre de s’étendre sur le dos, et la hauteur ne leur permettait pas toujours de se tenir debout. En Angleterre, une amélioration à cet entassement ne fut ordonnée qu’à la fin du XVIIIe siècle. Pour le reste, diverses mesures étaient prescrites, dans les instructions destinées aux capitaines négriers, afin de réduire au maximum les pertes en vies humaines d’un matériel coûteux : défense à l’équipage de molester les esclaves, stricte hygiène corporelle, surveillance sanitaire par des chirurgiens, désinfection fréquente des locaux, chants et danses obligatoires etc... Dans les conditions normales, la traversée était fort pénible ; en cas d’épidémie et de gros temps, elle pouvait devenir hallucinante. 

La mortalité des esclaves au cours de la traversée de l’Atlantique pouvait varier dans des proportions considérables, allant de l’absence de décès à la disparition de la presque totalité de la cargaison. Les taux moyens de mortalité semblent diminuer avec le temps, comme l’indique le tableau suivant :

Nationalité des négriers        période considérée               Taux de mortalité

Anglais                                   1680-1688                                          23,6 % 

Néerlandais                            1680-1795                                         17,1 %

Français (Nantes)                   1716-1775                                          14,9 %

Portugais                                1795-1811                                            9,5 %

Ces taux de mortalité, même les plus bas, restent considérablement supérieurs, à durée égale, à ceux des équipages des navires transporteurs. 

Les causes principales de mortalité étaient les épidémies (dysenterie, variole), le scorbut, l’état sanitaire au moment de l’embarquement, les calmes et les autres facteurs prolongeant le voyage, l’entassement et le surnombre frauduleux (fréquents sur les navires portugais du XVIIe siècle), les révoltes, l’inexpérience du capitaine.

Les révoltes sont difficiles à chiffrer, certains capitaines omettant de les signaler dans leur rapport. Elles étaient fréquentes et se terminaient le plus souvent par la victoire de l’équipage qui disposait de l’écrasante supériorité des armes. L’arme blanche était d’abord utilisée, les canons chargés à mitraille, beaucoup plus meurtriers, n’étant employés qu’en dernier ressort. Une fois la révolte matée, seuls les blessés et le chef des mutins étaient généralement mis à mort (parfois après torture) afin de réduire les pertes. Des suicides (le plus souvent par noyade ou par refus de nourriture) sont fréquemment signalés. Révoltes et suicides se situaient généralement dans les deux semaines après le départ.           

Sur les négriers portugais, tous les esclaves devaient être baptisés afin qu’en cas de décès, leurs âmes gagnent le paradis.

Sur les bâtiments des autres nations européennes, l’absence de religieux était fréquente. En principe, les relations sexuelles entre femmes esclaves et membres de l’équipage étaient interdites. Quelques allusions permettent toutefois de conclure qu’elles devaient être habituelles.         

On a longtemps admis comme une évidence que les armateurs négriers du XVIIIe siècle retiraient de la traite des bénéfices considérables. Actuellement, les recherches en cours remettent en question cette façon de voir, montrent que la rentabilité était peu élevée (10 %  Liverpool) ou faible (6 % Nantes, 3 %  Middelbourg). L’opinion que dans l’ensemble les profits de la traite n’étaient pas supérieurs à ceux obtenus dans d’autres secteurs, est actuellement partagée par la plupart des chercheurs.         

Certaines régions de l’Amérique reçurent beaucoup plus d’esclaves que d’autres. Ph. Curtin signale que 42 % du nombre total des esclaves débarqua aux diverses Antilles, contre 51,5 % en Amérique Centrale et du Sud. En Amérique du Nord ne débarquèrent que 4,5 % du nombre total des esclaves, alors qu’actuellement ce pays compte un tiers de la population à sang noir des Amériques. 

 

Légendes des photos 

Panneau de gauche

‑ Deux types d’entraves de chevilles. Les esclaves adultes n’étaient pas systématiquement enchaînés, sauf au moment de l’appareillage. Les femmes et les enfants n’étaient jamais mis aux fers.

Étampes, ou fers servant à marquer les esclaves (Muse des Salorges, Nantes). On frottait la peau au suif, on plaçait sur celle-ci un papier huilé. On appliquait l’étampe chauffée. La chair gonflait, les lettres apparaissaient en relief et ne s’effaçaient jamais. On avait soin de ne pas marquer trop fort les femmes, d’une nature plus délicate.

‑ Les révoltes d’esclaves pendant la traversée étaient assez fréquentes, mais les capitaines pour éviter d’être accusés de négligence ne signalaient que les cas les plus graves. La supériorité écrasante des armes rendait les équipages presque toujours victorieux.

‑ Disposition des esclaves sur un navire négrier français du 18e siècle. J. Boudriot a retrouvé les plans de l’Aurore, bâtiment construit en 1784. Le nombre d’esclaves qu’il devait transporter était de 600. Des essais ont montré que la seule disposition possible était celle représentée ci-dessus. Sur les petits négriers, l’entrepont où étaient enfermés les esclaves ne mesurait qu’1,20 m de haut. 

‑ Dispositions du Regulation Act de 1788. Cette loi était destinée à réduire l’entassement des esclaves. Le dessin ci-dessus (navire négrier Brookes) présente donc une disposition améliorée par rapport aux conditions antérieures. Il n’en fit pas moins forte impression, provoquant notamment l’indignation de Mirabeau. 

‑ Disposition des esclaves sur un négrier clandestin du XIXe siècle. Il s’agit de la Josefa Maracayera capturée en 1822 par les Anglais. Les négriers de la traite clandestine étaient des bâtiments rapides mais de tonnage peu élevé. L’entassement des esclaves y était considérable: ici, 216 esclaves sur un bâtiment de 90 tonneaux. 

‑ Pour éviter l’ankylose, des séances de danse, même forcées (cas ci-dessus) étaient prévues. Un musicien à cet effet faisait partie de l’équipage.

‑ Au XIXe siècle, pendant la période de la traite clandestine, des esclaves furent parfois jetés à la mer, pour éviter que le navire ne soit considéré comme négrier. Aux siècles précédents, des esclaves atteints de la variole furent parfois jetés à la mer (affaire du Zong en 1781 pour éviter la propagation de l’épidémie).  

‑ Vue du négrier nantais la Marie‑Séraphique à son arrivée aux Iles en 1773 ; venant de Loango. La vente des esclaves vient de commencer. Sur 350 esclaves embarqués, 7 étaient décédés, soit un taux de mortalité de 2 %.

 

Panneau de droite

‑ John Hawkins (1532-575). Brutal et sans scrupules, il fut le premier négrier anglais. Ennobli par Elisabeth d’Angleterre, qui participait financièrement à ses armements et lui donna pour armoiries une tête de Maure.

‑ Claes Compaen (1587-1660). Célèbre pirate néerlandais qui s’était fixé dans le port marocain de Salé. Opposé à l’esclavage. Ayant capturé un négrier portugais, il en jeta l’équipage à la mer et libéra les esclaves, qu’il débarqua à la côte de Guinée.

- Robert Surcouf (1773‑1827), surnommé le « roi des corsaires ». Comme ses frères, Charles et Nicolas, il servit des négriers. Son navire ayant fait naufrage, 331 esclaves, laissés enchaînés, se noyèrent. Pratiqua la traite illégale. Devenu un riche armateur, il avait effectué des armements négriers.

-François‑René de Chateaubriand, l’illustre écrivain, en pair de France. Son père, René-Auguste, s’était livré (comme son frère Pierre) au trafic négrier.  Capitaine de l’"Apollon", de Nantes, en 1775, il n’eut que 4 % de décès parmi les esclaves qu’il transportait.

‑ Pierre-Roch Jurien de la Gravière (1772-1849). Vice-amiral et pair de France. Agé de 16 ans, il servit comme aspirant volontaire sur le négrier le Bon-Père. A l’époque, on estimait que le métier de la mer s’apprenait le mieux sur un navire de commerce, qu’il fut négrier ou non.

‑ John Newton (1725‑1807). Capitaine négrier, revenu à des sentiments religieux. Ordonné pasteur, il contribua à orienter Wilberforce vers l’abolitionnisme. Laissa des Mémoires et des Pensées, dans lesquels il réfuta les arguments des partisans de la traite. 

‑ Hugh Crow, effectua onze campagnes sur des négriers de Liverpool. Il prenait grand soin de bien nourrir ses esclaves. Il déclara dans ses Mémoires qu’il aurait préféré être un esclave noir aux Antilles qu’un esclave blanc en Angleterre (allusion à l’esclavage industriel). Mourut en 1829.

‑ Croquis, par un habitant de la Jamaïque, d’un négrier de nom inconnu. Trafiquant clandestin et poursuivi par un brick de guerre, ce capitaine fit jeté à la mer les esclaves qu’il transportait.

‑ Jacobus Capitein (1717-1747). Gravure de 1743. Né en Côte de l’Or. Embarqué très jeune sur un négrier hollandais. Emmené aux Pays-Bas par son maître. Présenta à l’Université de Leyde, une dissertation en latin dans laquelle il justifiait l’esclavage par les Saintes Écritures. Nommé pasteur à Elmina, son activité évangélique rencontra peu de succès.

‑ Job ben Salomon, de son vrai nom Ayoula Souleyman Diallo (ca 1700-1773). Né à Dianveli, à l’Ouest de Bakel, dans une famille maraboutique. Venait de vendre des esclaves, lorsqu’il fut capturé et vendu à son tour à un négrier anglais. Servi comme esclave dans le Maryland (USA). Racheté par la Royal African Company, il fut rapatrié en Gambie, via Londres. Il se livra par la suite au commerce (dont celui des esclaves). Se montra l’allié des Anglais.

‑ Joseph Cinquez, fils d’un chef du Congo. Vendu comme esclave, il s’empara avec ses compagnons du "Amstead", qui le transportait au Mexique. Il mit le cap sur l’Afrique, mais le navire fut repris (1836). Cinquez fut pendu à New-London, mourant avec grand courage.    

 

 

LA VIE OUTRE ‑ MER

 

Du territoire de l’actuel Sénégal, des esclaves furent emmenés vers des pays très divers: Portugal, Espagne, Brésil, États-Unis et même les îles Mascareignes, dans l’océan Indien. Néanmoins, le plus grand nombre d’entre eux fut débarqué aux Antilles françaises. Aussi, est-ce uniquement des conditions de vie des esclaves dans ces îles dont il sera traité ci-après.     

A l’arrivée aux Antilles et après la visite médicale de la cargaison par les officiers de l’Amirauté, les esclaves étaient achetés soit directement à bord au capitaine, soit à terre, au consignataire de l’armateur. Des affiches et circulaires informaient de la vente la population. Lorsque la condition physique des esclaves était déficiente, ils étaient envoyés, avant la vente, dans une savane de rafraîchissement ; où une nourriture plus substantielle, ainsi que des soins leur étaient donnés. Le paiement des esclaves se faisait en majeure partie contre des denrées coloniales (sucre, café, indigo, coton), lesquelles étaient souvent livrables à terme, ce qui entraînait de considérables retards dans le règlement des achats.            

Une petite partie des esclaves était achetée par des petits Blancs des villes ; la majorité partait dans les plantations, qui comprenaient surtout des sucreries (au travail le plus pénible), des caféières (situées sur les hauteurs) et des indigoteries. Un tiers des esclaves mourraient dans l’année par inadaptation à la nourriture et aux conditions de travail.            

L’effectif des esclaves d’une plantation variait fortement avec l’importance de celle-ci. D’une dizaine à plusieurs centaines, il comprenait des esclaves de case (domestiques), des ouvriers (sucriers, charretiers, tonneliers, gardiens etc..) et des esclaves de jardin (manœuvres agricoles). Les deux premières catégories étaient privilégiées, alors que la dernière, la plus nombreuse, constituait véritablement le corps des esclaves.

La plantation était dirigée par un colon (propriétaire), ou par son gérant (représentant du colon résidant en France). Venaient ensuite les économes (jeunes Français mal payés pour un travail harassant), et enfin les commandeurs ou chefs directs des esclaves. D’abord blancs, ces derniers furent ensuite remplacés par des noirs ou des métis. Le fouet toujours à la main, ils punissaient sur le champ les fautes légères,. Les fautes graves étaient sanctionnées par le colon ou son gérant.

La journée de travail commençait peu avant le lever du jour avec l’appel, suivi de la prière et du déjeuner. Elle se terminait par le ramassage d’herbes pour les animaux, peu avant la nuit. Une pause d’une heure suivait le repas de midi. Avec la nuit, commençait pour l’esclave une vie communautaire loin des regards du maître, au cours de laquelle s’est élaborée la culture antillaise.

Au XVIIe siècle, le colon prenait directement en charge la nourriture des esclaves, et l’édit de 1685, dit le Code Noir, fixait le détail des rations hebdomadaires. Par la suite, se répandit l’habitude de laisser les esclaves assurer personnellement leur ravitaillement, en cultivant un jardin particulier. La journée du samedi pouvait leur être accordée à cet effet. Néanmoins, surtout à Saint-Domingue, la malnutrition était fréquente.

Le Code Noir prescrivait que le colon devait fournir chaque année à ses esclaves deux habits de toile, ou 7,5 m de ce tissu. Toutefois, dans la plupart des plantations, ces prescriptions étaient mal respectées. Les esclaves étaient souvent misérablement vêtus, sauf les dimanches, où ils étaient correctement habillés, grâce à la vente des surplus de leurs jardins particuliers.

Au XVIIe siècle, les colons n’intervenaient guère dans les constructions des logements de leurs esclaves. Chaque famille avait des cases et la répartition de celles-ci évoque un village africain. Par la suite, on assista à des tentatives de regroupement de logements et de distribution régulière de ceux-ci.

Au XVIIe siècle, le milieu colon était profondément chrétien et s’efforçait de diffuser le christianisme parmi les esclaves, encore assez peu nombreux. L’action missionnaire était efficace et les mariages d’esclaves n’étaient pas rares. Au XVIIIe siècle, l’esprit libertin gagna les milieux blancs, tandis que le nombre d’esclaves s’accroissait considérablement et que les prêtres, Jésuites exceptés, perdaient de leur zèle missionnaire. Les mariages d’esclaves devinrent exceptionnels. Le Code Noir interdisait de vendre séparément des conjoints. Par une autre disposition, les esclaves de culture ne pouvaient être saisis, à moins que le fond ne le fut, de sorte que l’esclave d’une plantation donnée avait toute chance de rester toute sa vie sur celle-ci.

Le taux de natalité était faible, et un grand nombre d’enfants périssait en bas âge. D’autre part, la mortalité des esclaves était élevée. Aussi l’effectif d’une plantation (sauf celles des religieux) ne se maintenait-il que par l’achat de nouveaux esclaves.

Conçu initialement comme constituant une récompense accordée aux esclaves les plus méritants, l’affranchissement fut surtout donné, au 18e siècle, aux enfants nés de relations avec un blanc. Ces hommes de couleur libre finirent par constituer, à Saint‑Domingue, une classe de la société. La liberté de savane, c’est-à-dire l’affranchissement non officiellement enregistré, n’était pas exceptionnelle.

Le marronnage, ou fuite des esclaves, était sévèrement puni dans le Code Noir : ablation des oreilles et étampage d’une fleur de lys à la première tentative, section du jarret et apposition d’une seconde fleur de lys à la seconde, peine de mort à la troisième. Par la suite, on tint compte de circonstances atténuantes. Les colons faisaient d’autre part une nette distinction entre le petit et le grand marronnage. Dans le second, l’esclave quittait la plantation sans esprit de retour et pouvait rejoindre des bandes de marrons organisées. En cas de reprise, il était sévèrement puni. Par contre, les colons se souciaient assez peu du petit marronnage, sorte d’escapade de courte durée, qu’ils pardonnaient parfois ou sanctionnaient le plus souvent eux-mêmes, par le fouet, la barre (jambes entraves dans deux poutres), la chaîne (chevilles entravées), le collier (cou entouré d’un anneau muni de pointes), le nabot (lourd anneau rivé au pied), le cachot.

Aux îles françaises, sous l’Ancien Régime, les révoltes d’esclaves restèrent d’une ampleur limitée. Les plus graves soulèvements se situèrent au XVIIe siècle.   

            Au XVIIe siècle, alors que les esclaves étaient encore peu nombreux aux Antilles françaises, des engagés blancs étaient recrutés, surtout pour Saint-Domingue. Certains d’entre eux, les engagés de jardin, travaillaient pendant trois ans dans les plantations à côté des esclaves noirs, et leurs modes de vie ne différaient guère. 

 

Légendes des photos 

Panneau de gauche

‑ Planche d’un ouvrage du P. du Tertre paru en 1667‑71. On aperçoit, à droite les étapes de la préparation du tabac, et  gauche celles de la préparation du manioc.

‑ Indigoterie. Planche d’un ouvrage du P. du Tertre paru en 1667‑71.

‑ Sucrerie. Planche d’un ouvrage du P. du Tertre paru en 1667‑71.

‑ Esclaves dansant. La Dominique (Antilles), 1779. Musée de la Marine, Paris.

‑ Portrait de Jean‑Baptiste Terrien (1756‑97). Planteur à  Saint-Domingue. Originaire de Nantes, il exploitait une plantation de café et une manufacture de coton (Musée des ducs de Bretagne).

‑ Esclaves de la Dominique (Antilles) se livrant au jeu du bâton, 1779. Musée de la Marine, Paris.

Un moment son égale et toujours esclave. Ile Bourbon (Réunion), 1838. Bibl. Nat. Paris. En ce qui concerne les Antilles, il y avait, en 1789, 28 000 affranchis officiels à Saint-Dominique. La plupart d’entre eux étaient des mulâtres.

Mulâtresse et Négresse créoles, 1846‑47. Œuvre d’A. d’Hastrel. Ce peintre s’était rendu dans diverses possessions outre-mer de la France. On notera, dans le vêtement de la mulâtresse, une influence espagnole (une partie de Saint-Domingue avait été occupée par les Espagnols).

‑ Monuments et habitants de Saint-Domingue, XVIIIe siècle. Bibl. Nat. Paris.

‑ Révérende soeur LouisMarie-Thérèse, bénédictine du couvent de Moret. Cette religieuse nègre était probablement la fille de la reine Marie-Thérèse (épouse de Louis XIV) et d’un jeune nègre à  son service. En France, les esclaves étaient au moins théoriquement affranchis automatiquement depuis le XVIe siècle. Cette prescription fut confirme par l’édit de 1777. 

 

Panneau de droite

‑ La barre était appliquée aux esclaves fugitifs. Outre la gêne qu’elle entraînait, elle privait ceux‑ci de toute communication avec les ateliers.

‑ Un masque était parfois appliqué aux esclaves surpris à mâcher de la canne.

‑ Le collier était fixé au cou des grands récalcitrants. Il constituait un signe d’humiliation et était appliqué aussi bien aux femmes qu’aux hommes.

Esclaves de la Guadeloupe charriant du fumier (Bibl. Nat. Paris). En cas de fuites réitérées, les esclaves étaient enchaînés deux par deux. L’un d’entre eux porte le collier. On aperçoit le commandeur, son fouet du l’épaule.

Le marronnage (Bible. Nat. Paris). A la Guadeloupe, comme à la Martinique, des chiens étaient utilisés contre les esclaves marrons (fugitifs). Les captures étaient récompensées par des primes. 

Invention d’un Français de la Martinique. Esclave qui a la jambe occupée pour avoir déserté (Bibl. Nat. Paris). En fait ici, la jambe n’est pas coupée mais maintenue en flexion. 

Les Rêves (Bibl. Nat. Paris). Punition des dernières décades du XVIIIe siècle, le cachot ne se trouvait guère que dans les grandes sucreries. On y condamnait les esclaves soupçonnés d’empoisonnement et les fugitifs repris armés.

‑ Le Code Noir parut en 1685, deux ans après la mort de Colbert, son auteur. Il serait hasardeux d’y voir des préoccupations humanitaires, mais il eut le mérite de censurer l’arbitraire.


-          Au début de l’ère industrielle, les ouvriers travaillaient quinze heures par jour. Pratiquement, ils ne pouvaient changer de lieu de travail. Seul le patron était cru dans les litiges relatifs aux salaires. Le travail des enfants en-dessous de 8 ans ne fut interdit qu’en 1841. En cas de chômage ou de maladie, les ouvriers ne pouvaient compter que sur la charité publique ou privée.

 

L’ABOLITION DE LA TRAITE

ET DE L’ESCLAVAGE

 

Le premier gouvernement européen avoir interdit la traite des esclaves est celui du Danemark, nation négrière d’importance secondaire. En 1792, Christian VII décida que l’abolition de la traite entrerait en vigueur en 1803. Peu après, en 1794, la Convention décrétait en France l’abolition de l’esclavage, mais quelques années plus tard, cette mesure était rapportée par Bonaparte. En 1807 enfin, en Angleterre, le Parlement déclara la traite illégale et fit aboutir cette mesure.  

 

ANGLETERRE

Curieusement, le premier coup porté aux milieux esclavagistes anglais le fut à propos d’esclaves se trouvant en Angleterre même. En 1764, on comptait à Londres environ 20 000 esclaves noirs que leurs maîtres avaient amenés avec eux d’outre-mer. Ils pouvaient y être vendus comme aux îles et les fugitifs repris étaient rendus à leurs propriétaires. Granville Sharp, jeune homme issu d’un milieu profondément religieux, que le hasard avait mis en contact avec un esclave en fuite soigné par son frère, se passionna pour le sort de ces malheureux. En 1772, il finit par obtenir que Mansfield, Lord chief Justice, remette en liberté un esclave fugitif, James Somerset. Dès lors, les esclaves se trouvant au Royaume-Uni devinrent des hommes libres.

C’est à la secte protestante des Quakers que revient le mérite de la première action concertée contre le commerce des esclaves. En 1727, ils avaient déclaré que celui-ci constituait une pratique inacceptable, et en 1761, ils avaient exclu ceux de leurs membres qui s’y livraient. En 1783, ils formèrent à Londres un Comité pour l’aide et la libération des esclaves nègres des Indes occidentales et pour l’arrêt du commerce des esclaves sur la côte africaine. G. Sharp se rallia à ce qui constituait alors la première société anti-esclavagiste existant en Angleterre.

Firent de même James Ramsay (pasteur ayant vécu aux Antilles, où il possédait des esclaves) et Thomas Clarkson. Ce dernier, fils d’un ecclésiastique, va jouer un rôle prépondérant dans la diffusion des idées du mouvement. Le Comité, qui comptait maintenant douze membres, et dont G. Sharp était devenu le président (1787), se fixa un double objectif : d’une part alerter l’opinion publique et d’autre part obtenir le vote d’une loi interdisant la traite négrière. L’effort de documentation fut assuré par T. Clarkson, qui se rendit dans les ports négriers anglais et s’informa en détail des conditions du transport des esclaves, afin de pouvoir avertir le public des horreurs de la traite. Le Comité multiplia les circulaires et envoya une pétition au Parlement, dont un des membres, Wilberforce, allait lui apporter son soutien. 

Le député William Wilberforce avait été touché par le mouvement méthodiste de John Wesley (religieux protestant opposé à l’esclavage, qui prêchait, avec un énorme succès, un retour à la vie chrétienne). Influencé par John Newton, ancien capitaine négrier devenu pasteur abolitionniste et par T. Clarkson, il se voua à la cause de l’abolitionnisme. Il était l’ami du Premier ministre William Pitt qui allait l’appuyer. Wilberforce et ses amis parlementaires seront appelés les Saints.       

En 1779, W. Wilberforce développe devant le Parlement la thèse abolitionniste, dans un des meilleurs discours de sa carrière. La majorité n’est cependant pas acquise, et ce n’est qu’en 1807 que sera votée une loi déclarant illégale la traite des esclaves. Les contrevenants étaient frappés d’amendes et leurs navires étaient saisis. En 1881, la traite fut considérée comme un crime, punissable de la déportation ou des travaux forcés. Dès 1808, des bâtiments de la Royal Navy patrouillent le long des côtes africaines, afin d’empêcher la traite clandestine anglaise. D’autre part, le gouvernement anglais allait s’efforcer, avec une inlassable ténacité, d’obtenir des autres nations négrières qu’elles mettent fin à la traite.

La Suède l’avait interdite en 1813 et la Hollande l’année suivante, mais le Portugal et l’Espagne allaient se montrer beaucoup plus réticents. Ces deux pays avaient accepté (contre des subventions) de renoncer, en 1815 et 1817,  pratiquer la traite au Nord de l’équateur. Par contre, des accords avec l’Angleterre sur un droit de visite réciproque des navires suspects et sur le jugement des contrevenants devant des Commissions mixtes, se révélèrent peu efficaces.       

L’Espagne en 1835, et le Portugal en 1842 finiront cependant par devoir accepter des conditions plus rigoureuses.  Le Brésil ne renonça à la traite qu’en 1850, après une démonstration de force de la Navy sur ses côtes.

Quant à Cuba, la traite y avait été la plus précoce (1511). Elle sera également la dernière à disparaître (1865).

Les États-Unis, qui avaient supprimé la traite en 1807, ne consentirent pas au droit de visite et entretinrent leurs propres patrouilles navales, avec toutefois moins de persévérance que l’Angleterre.

Entre 1808 et 1860, 70000 esclaves furent libérés par des patrouilles et la plupart d’entre eux furent installés en Sierra Leone. Surtout après l’abolition de l’esclavage en 1834, un recrutement de main-d’œuvre, constituée théoriquement de volontaires fut organisé par les Anglais, principalement auprès de ces esclaves libérés de Sierra Leone. Au cours de la traversée vers la Guyane ou les Antilles, la mortalité était élevée.             

L’esclavage fut aboli aux États-Unis en 1863, par l’Uruguay en 1842, par l’Argentine en 1853, par le Pérou en 1854, à Cuba entre 1880 et 1886 et au Brésil entre 1883 et 1888. 

FRANCE     

Alors qu’en Angleterre, les motivations des activités désintéressées en faveur de l’abolition doivent être recherchées dans la foi chrétienne, en France, elles reposaient sur la raison et la sensibilité. Dès 1721, avec les Lettres persanes, Montesquieu contribua à répandre les sentiments anti-esclavagistes dans la littérature française. Dans leurs écrits, Rousseau, Diderot, Voltaire, Condorcet, Raynal et d’autres philosophes vont également se montrer opposés  l’esclavage, de même que des hommes d’Etat, tels les ministres Turgot et Necker. Ces idées nouvelles ne restèrent pas uniquement spéculatives. Elles connurent quelques débuts d’application pratique dès les dernières années de l’Ancien Régime.

En 1786‑89, des expériences sociales furent tentées en secret, avec l’approbation de Louis XVI, en vue de tester la possibilité de procéder à une émancipation graduelle des esclaves, tant en ce qui concernait la nourriture et les vêtements, que la durée du travail et la possession de jardins particuliers.             

En 1788, à l’initiative du Comité de Londres, J.P­. Brissot de Warville proposa à des amis de fonder une société destinée à obtenir légalement l’abolition de la traite l’année suivante, la Société des Amis des Noirs était fondée. Elle comptait des membres de la noblesse et de la grande bourgeoisie (Condorcet, Clavière, la Fayette, Lavoisier, Boufflers, Lacépède, la Rochefoucauld), auxquels se joindront des hommes politiques (Mirabeau, Sieyès, Pétion, l’abbé Grégoire).

En dépit d’un effort d’information (publications sur l’esclavage, pamphlets, traduction d’ouvrages d’abolitionnistes anglais), et de requêtes auprès de l’Assemblée, la Société des Amis des Noirs n’obtiendra pas l’interdiction de la traite. Elle ne réussira qu’à obtenir (12 août 1792) la suppression des primes aux négriers. Ses membres avaient d’ailleurs été bientôt entraînés à appuyer l’action d’une classe (non abolitionniste) de la société des îles, celle des hommes de couleur libres. Les débats de l’Assemblée sur les Colonies furent en effet surtout consacrés aux revendications des délégués de ces derniers. Aux sympathisants de la Société des Amis des Noirs s’opposaient ceux du Club Massiac, lequel représentait les intérêts des colons.

En août 1791, un soulèvement des esclaves éclata dans le Nord de Saint-Domingue et gagna l’Ouest de l’île. Des atrocités furent commises de part et d’autre, des colons quittèrent l’île, les Espagnols et les Anglais se mêlèrent au conflit.

F. Sonthonax, un des commissaires civils envoyés par la Convention, proclama, le 29 août 1793, l’affranchissement immédiat des esclaves dans la Province du Nord. Son collègue, E. Polverel, après des mesures partielles, proclama à son tour, le 31 octobre 1793, l’affranchissement général dans les Provinces de l’Ouest et du Sud. Ces proclamations furent entérinées à Paris par un décret de la Convention du 5 février 1794. Celui-ci ne comportait qu’un seul article, stipulant l’abolition de l’esclavage dans toutes les colonies, et l’octroi de la citoyenneté française à tous les habitants de celles-ci. Ce décret n’eut toutefois d’application qu’à Saint-Domingue (où Toussaint Louverture s’était rallié à la France en 1794) et à la Guadeloupe.            

Par la loi du 20 mars 1802, le Premier Consul Bonaparte décida du maintien de l’esclavage dans les colonies restituées par l’Angleterre à la France, en vertu du traité d’Amiens. En réalité cependant, il s’agissait d’une décision affectant la totalité des colonies, et elle entraîna pour la France la perte de Saint‑Domingue.      

Pendant les Cent Jours, Napoléon signa le décret du 29 mars 1815, abolissant la traite et punissant les contrevenants. La déclaration du Congrès de Vienne en faveur de l’abolition de l’esclavage (8 février 1815) restait vague, le délai d’entrée en vigueur étant laissé à l’appréciation des puissances concernées.

Sous la Restauration, plusieurs décisions (1817, 1818, 1827) furent prises rendant la traite illégale. Ce ne fut cependant qu’en 1831, sous Louis-Philippe, qu’une loi résolument répressive fut votée, et qu’un accord fut passé avec Londres sur le droit de visite, refusé jusqu’alors par la France, mais à nouveau rejeté par elle en 1845.      

En 1834, une Société pour l’abolition de l’esclavage se constitua à Paris. Ce ne fut toutefois que quinze ans plus tard, par le décret du 27 avril 1848, que l’abolition de l’esclavage fut proclamée dans les possessions françaises. Durant cet intervalle, les deux personnalités les plus marquantes dans les milieux antiesclavagistes, furent Victor Schoelcher et Benjamin Crémieux.         

Comme en Angleterre, l’abolition de l’esclavage fut suivie d’une période de transition durant laquelle furent importés dans les colonies des travailleurs théoriquement volontaires, et dont le transport s’accompagnait d’une mortalité élevée.  

 

Légendes des photos 

Panneau de gauche

‑Révolte des esclaves  Saint-Domingue (Bible. Nat. Paris). En 1790, il y avait, dans la partie française de l’île, 15 esclaves pour un blanc. Au cours de l’été 1791, les esclaves se révoltèrent sous la conduite d’un des leurs, nommé Boukman. Des atrocités furent commises et vengées avec une égale brutalité. Des centaines de plantations furent saccagées.

-Toussaint-Louverture. Né à Saint‑Domingue sur l’habitation Bréda. Après l’insurrection de 1791, il se rangea d’abord du côté espagnol, puis français, et fut nommé général. Il occupa la totalité de l’île, fit reprendre le travail dans les plantations, organisa l’armée, passa des traités commerciaux. Il dut se soumettre devant les forces du général Leclerc et fut emprisonné au fort de Joux (Jura), où il mourut le 7 avril 1803.

‑ Lithographie romantique (Bibl. Nat. Paris). En fait, le président d’Haïti, J.B. Boyer s’était engagé à verser une indemnité de 150 millions aux anciens colons. Ce ne fut qu’en 1837 que cette indemnité fut réduite et que fut reconnue par la France l’indépendance pure et simple d’Haïti.

‑ Anglais informant des Africains de la côte de l’abolition de la traite (Bibl. Nat. Paris). Gravure romantique. En réalité, les souverains côtiers perdaient une source de profits tandis que les Européens, à la faveur de l’abolition, allaient introduire l’usage de sanctions militaires et passer d’avantageux traités.

‑ Esclaves sur le pont du négrier The Wildfire, après la capture de celui-ci en 1860. On notera la maigreur des esclaves libérés. Lithographie d’après un daguerréotype, et donc conforme  la réalité.

‑ Croisière de répression anglaise. Combat (septembre 1830) entre le navire de guerre the Primerose et le négrier Veloz Pasagera, au large du delta du Niger. Le négrier, à  gauche, avait 555 esclaves à bord, qui furent transportés en Sierra Leone et libérés. 

 

Panneau de droite 

‑ George Fox (1624-1691). Fondateur de la Société des Amis, dont les membres furent surnommés les Quakers. Se rendit en Amérique. Les Quakers furent les premiers à rejeter le système esclavagiste autrement qu’en paroles.

‑ Granville Sharp (1735‑1813). Portrait au crayon par C. Dance. Porta le premier (encore que restreint) coup au système esclavagiste en obtenant la mise en liberté d’un esclave résidant en Angleterre.

‑ William Wilberforce (1759‑1833). Portrait inachevé de T. Lawrence. Membre du Parlement, ami intime de Pitt, le Premier ministre. Mena sur le plan politique la campagne abolitionniste.

‑ Thomas Clakson (1760‑1846). Portrait de C.F. von Breda. Sa contribution au revirement moral contre l’esclavage qui se manifesta en Angleterre fut déterminante.

Moi libre aussi. Estampe de la propagande abolitionniste, due  Boizot. 

‑ Henri Gregoire (1750‑1831). Évêque constitutionnel de Blois. Membre de la Convention. Sénateur sous l’Empire. Un des membres les plus actifs de la Société des Amis des Noirs

‑ Abolition de l’esclavage par la Convention (4 février 1794). La motion fut soutenue par Danton. Interprétation assez fantaisiste de cet événement par le peintre Monsiau. 

‑ Victor Schoelcher (1804‑1893). Homme politique français qui se signala par sa propagande antiesclavagiste. Présida la Commission qui prépara le décret d’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848.

 

 

II LA TRAITE ARABE

 

            Le terme de traite arabe n’est que globalement exact. Les Arabes en furent les instigateurs, mais les Berbères d’Afrique du Nord et du Sahara, ralliés ou soumis par eux, la pratiquèrent également, tandis que les Européens s’y trouvaient parfois engagés. Les Négro-Africains et leur métis y participèrent activement. Cette traite ne débuta pas avec l’Hégire, mais existait bien auparavant. Son importance numérique n’a que récemment fait l’objet de recherches approfondies, utilisant des techniques appropriées. Aussi, les résultats présentés ci-dessous ne sont-ils encore que provisoires. Néanmoins, des ordres de grandeur commencent à se dégager, surtout pour les traites maghrébine et égyptienne. 

 

MAGHREB (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye)     

 

            Entre la conquête de l’Afrique du Nord (berbère et chrétienne) par les Arabes au VIIe siècle, et la fin du XVIIe siècle, les textes restent le plus souvent dépourvus de données chiffrées. Par la suite, celles-ci montrent que la Libye arrivait en tête des pays maghrébins, suivie par le Maroc. Algérie et Tunisie étaient beaucoup moins concernés par le commerce des esclaves. Les chiffres obtenus par R. AUSTEN (1987) sont les suivants :

 

Nombres d’esclaves importés de              

1700  la fin de la traite (mortalité non comprise)

LIBYE

560.000

MAROC

384.000

TUNISIE

115.000

ALGÉRIE

101.000 


Le Maroc fut le seul pays maghrébin à entretenir des relations directes avec les pays d’Afrique Noire : au XIIe siècle avec les Almoravides, au XVIe siècle avec la prise de Tombouctou par Djouder, au XVIIIe siècle avec la constitution d’une armée noire par Moulaye Ismaïl et avec l’ingérence des Ormans ou Saltins au Fouta‑Toro.           

En Libye, une grande partie des esclaves était réexportée vers la Syrie, la Turquie, les îles de Rhodes, de Scio, de Crète, la Grèce (Morée), l’Albanie. 

 

EGYPTE

L’utilisation d’esclaves noirs était pratiquée en Egypte dès l’époque pharaonique. Pour la période arabe, des données chiffrées apparaissent à la fin du XVe siècle et semblent ne pas subir d’importantes fluctuations jusque dans les années 20 du XIXe siècle. A cette époque, un Albanais, le pacha Méhémet Ali, effectua la conquête du Soudan septentrional. Celle-ci entraîna une intense activité des traitants dans le Bahr et Ghazal et de Dhar Fertite, laquelle finit par les porter jusqu’aux rives de l’Uele (Zaïre).

            Aussi durant les années 1820‑18880, le trafic des esclaves connut-il une notable augmentation, atteignant 10 000 par an au cours de certaines décennies. Ensuite, les mesures antiesclavagistes (1877), l’occupation de l’Egypte par les Anglais (1882), et la révolte du Mahdi au Soudan (1881) entraînèrent sa disparition virtuelle.    

            L’Egypte participa plus activement que le Maghreb au commerce des esclaves. R. AUSTEN (1987) évalue en effet à 725 000 le nombre d’esclaves importés par ce pays entre 1700 et la fin de la traite.         

            Les régions d’origine étaient le Soudan (Sennar, Darfour, Kordofan), mais également l’Abyssinie, le Fezzan et même des régions plus occidentales. Comme pour la Libye, une partie des esclaves était réexpédiée au levant, via le Caire et Alexandrie.

 

                                   COTE ORIENTALE D’AFRIQUE
                                      (Mer Rouge, Afrique Orientale)

 

Les exportations d’esclaves de la côte orientale de l’Afrique vers la péninsule Arabique et le golfe Persique furent importantes dès le début de l’expansion arabe, comme en témoigne la révolte d’esclaves des plantations de la région de Bassorah (Irak) au IXe siècle. Les révoltés étaient au moins au nombre de plusieurs dizaines de milliers, et ne furent que difficilement écrasés par les troupes du calife de Bagdad.       

Deux régions doivent être distinguées, car elles ont connu une évolution historique différente ; celle de la Mer Rouge  et celle de l’Afrique Orientale.

- Région de la Mer Rouge : Une partie des esclaves originaires du Soudan et de l’Ethiopie était dirigée sur les ports de la Mer Rouge et sur ceux du détroit de Bab et de la côte du golfe d’Aden. Embarqués sur des dhaws (voiliers), ils débarquaient dans les ports de l’Arabie (Mokka, Djeddah) ou du golfe Persique (Mascate, Bahrein, Koweit, Bassorah), d’où certains continuaient vers Bagdad. Des esclaves étaient transportés jusqu’aux Indes, par navigation le long des côtes. 

‑ Région de l’Afrique Orientale : Des migrants arabes et perses s’établirent à partir du VIIIe siècle sur la côte orientale et dans les îles voisines. Ils fondèrent, de Mogadiscio (Somalie)  Sofala (Mozambique), une série de cités arabo-africaines indépendantes. A L’apogée, au XVe siècle, la côte orientale est le siège de sultanats prospères, arabisés et islamisés. Des esclaves étaient exportés vers la péninsule arabique, le golfe Persique, les Indes et même la Chine.            

Au début du XVIe siècle, les Portugais s’établirent sur la côte d’Afrique orientale mais, grâce à l’aide des Arabes d’Oman (entre du golfe Persique), les habitants les refoulèrent des côtes des actuels Tanzanie et Kenya à la fin du siècle suivant.            

Au cours du XVIIIe siècle, outre la poursuite de la traite vers l’Arabie, le golfe Persique et les Indes, des négriers néerlandais, portugais et surtout français (allant aux les Mascareignes) viennent en acheter.        

Au XIXe siècle, le Sultan d’Oman, Seyyid Saïd (1790‑1856) affermit sa suzeraineté sur la côte orientale et s’employa à promouvoir, sur l’île de Zanzibar où il se fixa, l’établissement de plantations diverses, dont celle du giroflier. 

Des traitants s’enfoncèrent dans l’intérieur de la Tanzanie et du Kenya, pénétrèrent dans la grande forêt zaïroise et atteignirent le fleuve Congo. Une partie des esclaves resta employée sur le continent, les autres étant transportés dans des dhaws sur l’île.  Celle‑ci (avec celle de Pemba) assura les trois-quarts de la production mondiale de clous de girofle grâce au travail des esclaves. D’autres étaient transportés dans la péninsule Arabique, le golfe Persique et les Indes.

Cette traite orientale, dont le point culminant se situe au XIXe siècle, disparut dans la dernière décennie de celui-ci avec l’établissement des Européens. 

 

PARCOURS VERS LES PAYS IMPORTATEURS

 

Les esclaves arrivant au Maghreb et une partie de ceux pénétrant en Egypte, avaient traversé le Sahara. Le trajet durait de un à trois mois. Les esclaves allaient à pied, presque sans vêtements. On hâtait les retardataires à coups de fouet, les épuisés étaient abandonnés. En cas de manque d’eau, les esclaves étaient les premières victimes. Les taux de mortalité variaient d’après les trajets et l’importance des caravanes (les grandes étant les plus lentes). Ils pouvaient atteindre 40% sur certaines routes. Des centres de repos étaient prévus en bordure septentrionale du Sahara.    

Les conditions n’étaient pas moins pénibles sur les parcours vers les côtes orientales, où les esclaves mâles étaient unis par des chaînes ou par des fourches de bois. La mortalité était rarement inférieure à 20 %. 

 

Sur les dhaws, l’entassement était extrême, et la mortalité devenait très élevée en cas de calmes ou de vents contraires. La dure de la traversée variait fortement selon les trajets. Elle durait un mois environ entre Zanzibar et le golfe Persique.

Au XIXe siècle, lorsqu’ils étaient poursuivis par les bâtiments de surveillance anglais, certains équipages de dhaws jetaient leurs esclaves par-dessus bord.. 

 

OCCUPATIONS DES ESCLAVES

 

‑ emplois domestiques : serviteurs, concubines, eunuques. La fabrication de ces derniers se faisait dans des centres spécialisés (Bornou, pays Haoussa, Egypte). Effectuée sur des enfants de 8 à 12 ans, l’opération pouvait entraîner une forte mortalité.

‑ emplois militaires : tous les Etats arabes comptaient des soldats noirs d’origine servile dans leurs armées. Ils jouèrent fréquemment un rôle politique important (Maroc, Tunisie, Egypte, Arabie, royaumes des Indes).

‑ emplois agricoles dans les plantations (cannes à sucre, dattiers, cacaoyers, girofliers, cotonniers). Dans les oasis, le creusement et l’entretien du système d’irrigation reposait sur la main d’oeuvre servile. 

‑ travail dans les mines de cuivre (Takedda), de sel de (Teghaza, Taoudeni), d’or (Nubie, Soudan).

‑ pêche des huîtres perlières (mer Rouge, golfe Persique). Travail pénible entraînant une mortalité très élevée.  

- travail dans les ports, équipages des dhaws, portages divers.

 

                             ESTIMATION GLOBALE PROVISOIRE
                     DE LA TRAITE ARABE DEPUIS LE VIIe  SIECLE

 

            Traite transsaharienne (R. AUSTEN, 1987)                                     7 787 000   

            Traite par la Mer Rouge (R. AUSTEN, 1987)                                             4 096 000   

            Traite de l’Afrique Orientale (E.Martin & T.Ryan,1977):                13 083 000 

 

 

                                    TRAITE NÉGRIERE CHINOISE

 

Quoique plusieurs expéditions navales chinoises à destination des côtes de l’Afrique Orientale aient été montées au XVe siècle, il n’est pas prouvé que leurs participants se soient livrés à la traite négrière. Les esclaves noirs signalés en Chine au VIIe siècle et ceux, assez nombreux, se trouvant à Canton au XIIe siècle, avaient probablement été amenés par des négriers arabes ou indonésiens. 

 

TRAITE NÉGRIERE INDONÉSIENNE

 

Une traite négrière indonésienne, qui resta certainement d’importance limitée, est attestée par quelques passages de textes : présence d’esclaves noirs à Java au IXe siècle, navigation indonésienne aux objectifs en partie négriers sur la côte d’Afrique Orientale au siècle suivant, visites assez régulières de navires de Java et Sumatra sur cette même côte au XIIe siècle.

 

 

COMPARAISON DES TRAITES NÉGRIERES ARABE
ET EUROPEENNE

 

- La traite négrière arabe a duré plus d’un millénaire ; la traite européenne moins de la moitié. D’autre part, il commence à  apparaître, à la lueur des travaux récents, que le nombre total d’esclaves faits par ces deux traites a été du même ordre de grandeur. En d’autres termes, la traite arabe a été plus étalée dans le temps que l’européenne, mais le dépeuplement de l’Afrique Noire que toutes deux ont provoqué paraît avoir été sensiblement équivalent.

‑ Une traite à visées sexuelles atteignait une notable importance chez les Arabes. Elle n’existait pas chez les Européens. 

‑ Dans l’ensemble, les esclaves astreints à un travail lourd étaient proportionnellement plus nombreux dans les territoires sous contrôle européen, les plantations étant moins nombreuses dans le monde arabe considéré dans son ensemble. 

‑ Une possibilité d’élévation sociale des esclaves (militaires, intendants, personnages influents) existait dans le monde arabe. Elle était absente chez les Européens, métis excepté, et encore à  un moindre degré. 

            ‑ On possède divers exemples de coopération entre Européens et Arabes en ce qui concerne le commerce des esclaves : navires anglais chargeant au Maroc des esclaves pour les Antilles, négriers français, hollandais, portugais embarquant des esclaves dans les ports de la côte orientale, navires français transportant des esclaves de Libye en Turquie, coopération des traitants portugais et arabes en Mozambique. 

 

Légendes des photos

 

 

‑ Halte d’une caravane d’esclaves en Afrique Orientale (XIXe siècle). 

‑ Les dhaws, bâtiments négriers de la côte orientale d’Afrique. Les esclaves y étaient incroyablement entassés, et lorsque les calmes survenaient, tous mouraient étouffés, sauf ceux de la couche supérieure.

‑ Marché d’esclaves au Caire (XIXe siècle).

‑ Intérieur d’un harem à Constantinople. Le maître, les esclaves circassiennes, l’eunuque noir.

            L’obtention d’eunuques se faisait dans des centres spécialisés, tel Asiout en Egypte, sur des enfants de 8 à 12 ans, et selon deux procédés : 

            ‑ Ablation des seuls testicules. Mortalité peu élevée. Possibilité d’érections chez certains. 

            ‑ Ablation de la totalité des organes génitaux, ras le ventre. Mortalité très élevée. Les eunuques blancs ne subissaient que le premier de ces procédés. Le second était réservé aux noirs.   

 

 

 

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