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Pierre ROSIERE-Mamadou KONE-Cyr DESCAMPS prsenteront l'ouvrage l'Institut Franais 18h30
Prsentation du livre les Garnisons de Gore - Lundi 5 Mai 2014
19 heures l'Institut franais de Dakar (89, rue Joseph Gomis) prsentation du livre "Les Garnisons de Gore" de Maurice MAILLAT.
Message de Stephen Grant, membre d'honneur de l'AAMHIS - mardi 18 fvrier 2014
Livres sur Strickland, consul amricain Gore Lien : http://www.youtube.com/watch?v=M-wrBKbOSF8

12 QUESTIONS SUR GORE-Confrence de Cyr DESCAMPS 11/03/2006

12 QUESTIONS SUR GORÉE

Conférence de Cyr DESCAMPS le 11 mars 2006

En 1964, il y a juste 42 ans, je découvrais Gorée en faisant mon service militaire, d'abord armé au camp Pol Lapeyre de Ouakam, puis civil comme Volontaire du Service National à la Mission de Coopération. Ma jeune épouse m'a rejoint cette même année.

Archéologue spécialisé dans la Préhistoire, je dois avouer que je n'ai jamais "travaillé" directement sur Gorée, Mais j'ai eu la chance de collaborer pendant 35 années, de 1965 à 2001, avec un passionné de l'histoire de l'île, Guy Thilmans. D'abord au début des années 1970, quand nous avons transformé l'ancien Musée Historique de l'AOF, installé alors là où se trouve aujourd'hui le Musée de la Femme Henriette Bathily, en Musée Historique du Sénégal. Puis à partir de 1977 quand le Fort d'Estrées a vu partir ses prisonniers car Thilmans, par une intervention au plus haut niveau de l'Etat, a obtenu que le bâtiment soit affecté à l'IFAN pour en faire un nouveau Musée Historique, dix fois plus vaste que le précédent. Pendant douze ans je l'ai aidé, d'abord sur place puis à distance, après mon affectation à l'Université de Perpignan, a restaurer le Fort dans son état d'origine et à l'aménager en Musée. Je lui envoyais les documents ou matériels dont il avait besoin, et me souviens d'avoir été l'intermédiaire pour la fabrication, à l'Île Maurice, d'une maquette du navire négrier l'Aurore sur les plans de l'ingénieur Boudriot, maquette qui a été installée au centre de la salle 9 du Musée.

En mars 1989 le Musée a été inauguré, et ma collaboration s'est poursuivie avec le conservateur Abdoulaye Camara, un préhistorien qui avait été mon étudiant.

Thilmans est mort brutalement, le 13 décembre 2001, laissant une masse considérable de manuscrits plus ou moins élaborés. Deux de ceux-ci concernent Gorée et, avec mon épouse, nous avons entrepris de les mettre en forme pour qu'ils puissent être publiés. Le résultat est là : deux ouvrages, Histoire Militaire et La Grande Batterie qui, nous l'espérons, paraîtront avant la fin de l'année.

Ce long préambule veut justifier et mon intervention ici, et le titre de cette conférence : Le Passé inédit de Gorée. Je vais utiliser principalement les travaux de Thilmans, et je le dis d'entrée et clairement pour ne pas devoir citer son nom à chaque phrase. Je le citerai pourtant souvent… et j'espère bien que, lorsque les ouvrages que je viens de vous montrer seront disponibles, le terme d'inédit ne sera plus valable.  Pourquoi enfin parler de Passé et non d'Histoire ? C'est parce que je voudrais commencer mon exposé en traitant de Gorée "avant l'Histoire" c'est-à-dire de son passé géologique et préhistorique, domaine qui m'est plus familier que celui de l'histoire.

Je vous propose donc de tenter de répondre à 12 questions concernant Gorée. Et si je ne suis pas trop long, j'espère que vous pourrez en ajouter d'autres, ou alors apporter d'utiles contributions à la connaissance de notre île, car mon intervention ne veut pas être un one man show mais plutôt "le rendez-vous du donner et du recevoir" selon la belle expression de Léopold Sédar Senghor.

DOUZE QUESTIONS SUR GORÉE

  1. Quel est l'âge de Gorée ?
  2. De quand date la première occupation humaine de Gorée ?
  3. Où a-t-on retrouvé le plus vieux Goréen ?
  4. Comment vivaient les Goréens au premier millénaire de notre ère ?
  5. Quels sont les premiers "étrangers" à avoir visité Gorée ?
  6. Quelles sont les premières constructions "en dur" édifiées sur Gorée ?
  7. Quelle est le premier rempart édifié sur Gorée ?
  8. Quel est l'ouvrage le plus souvent reconstruit à Gorée ?
  9. Combien de fois les Anglais ont-ils pris Gorée ?
  10. Quel Goréen a fait la guerre d'Indépendance américaine et la Révolution  française ?
  11. Pourquoi les navires ne doivent-ils pas passer entre Gorée et Dakar ?
  12. Comment le Tacoma a-t-il fait naufrage à la pointe nord de l'île ?

DOUZE QUESTIONS SUR GORÉE

1. Quel est l'âge de Gorée ?

Un auteur a pensé mettre en relation l’effondrement de l’Atlantide et l’émersion de Gorée, il y a 12 000 ans...

Les géologues nous apprennent que l’île présente trois types de roches, ou pour employer leur langage, trois formations :

-          une formation sédimentaire d’argiles jaunâtres silicifiées, appelée « limons de l’hôpital » et datée du début de l’ère tertiaire, plus précisément de l’étage Paléocène, entre 67 et 55 millions d’années. Retenons la date moyenne de 60 millions d’année. On la trouve dans la partie basse de l’île, jusqu’au soubassement du Castel.

-          des coulées volcaniques, témoins d’un système démantelé par l’érosion qu’on retrouve aussi au cap Manuel, dans l’île des Madeleines, à Rufisque (pointe Diokoul). La roche est un basalte de type ankaratrite qui se débite en prismes sub-verticaux (les « orgues » du Castel). Une datation au potassium-argon a donné 13,4 ± 0,4 millions d’années, c’est à dire le Miocène, avant-dernier étage du Tertiaire.

-          une cuirasse latéritique, formée tant sur les roches sédimentaires que volcaniques, à la limite Tertiaire-Quaternaire (vers 2 millions d’années).

Le contact entre ces trois formations est visible derrière la Mosquée, sur la pente du Castel.

2. De quand date la première occupation humaine de Gorée ?

Les hommes ont pu venir à Gorée à pieds secs au Paléolithique (il y a plus de 10 000 ans) quand le niveau de l’océan était plusieurs dizaines de mètres au dessous du niveau actuel... On n’a pas (encore ?) la preuve de leur présence, attestée par ailleurs dans la presqu’île du Cap-Vert : aucun outillage caractéristique n’a été identifié sur l’île.

Ils sont venus au Néolithique, car on a retrouvé, épars sur l’île, des outils en basalte et en silex datant de ce dernier Age de la Pierre (environ 4 000 ans avant notre ère). Ils pratiquaient la navigation et pêchaient en mer. Le « chantier naval du cap Manuel » où ils construisaient leurs embarcations (radeaux ou pirogues) est reconstitué au Musée de la Mer.

3. Où a-t-on retrouvé le plus vieux Goréen ?

En 1981, fouillant à la base de la Grande Batterie, juste en arrière de la plage, l’archéologue Guy Thilmans a découvert, à proximité d’un amas de déchets de consommation, la portion supérieure d’un squelette humain. La construction du mur de la batterie avait fait disparaître les avant-bras, le bassin et les membres inférieurs.

Le mauvais état de conservation des os n’a pas permis de déterminer le sexe et l’âge au décès de ce Goréen adulte. La datation au radiocarbone d’une Patelle (coquillage conique) de l’amas a donné 610 ± 55 après J.-C. ; l’inhumation se situe donc vers le milieu du premier millénaire.

4. Comment vivaient les Goréens au premier millénaire de notre ère ?

L’archéozoologue Wim van Neer a déterminé et étudié les restes animaux trouvés à proximité du squelette ; il nous livre les conclusions suivantes.

Les données fauniques du site de la Grande Batterie à Gorée démontrent que les habitants pratiquaient la pêche, l'élevage et la récolte de mollusques. Les mollusques provenaient essentiellement de milieux rocheux, endroits où on pratiquait aussi la pêche à la ligne. La pêche côtière était effectuée également sur les fonds sableux, probablement à la ligne et au filet. La pêche au large est attestée par la présence de certains types de poissons préférant les eaux ouvertes (les Carangidés). Ceci prouve que les habitants de l'île de Gorée maîtrisaient bien la navigation en pleine mer.

La faune démontre également que, bien avant l'arrivée des premiers Portugais au XVe siècle, les habitants de Gorée disposaient de chèvres et de bœufs domestiques. 

5. Quels sont les premiers « étrangers » à avoir visité Gorée ?

Certains auteurs ont déclaré que les Phéniciens avaient, dès l’Antiquité, fréquenté la côte ouest-africaine et donc connu Gorée. L’expédition envoyée par le pharaon Nékao II, vers 600 avant notre ère, aurait fait le tour de l’Afrique en partant par la mer Rouge et en revenant par Gibraltar. Un siècle plus tard, le Carthaginois Hanon aurait, en sens contraire, franchi les « colonnes d’Hercule » (Gibraltar) et navigué jusqu’au mont Cameroun... On a discuté et on discutera encore de la réalité de ces périples. Tant qu’il n’y aura pas une trace matérielle du passage de navigateurs antiques sur l’île, on ne pourra rien affirmer.

Des historiens français ont soutenu que des marins dieppois avaient, dès le XIVe siècle, fait du commerce sur la côte sénégambienne. On a pu montrer que le récit sur lequel ils s’appuyaient, dû à Villault de Bellefond, est un « faux » à but politique.

Les Portugais sont donc, jusqu’à plus ample informé, les premiers « non-africains » à être venus à Gorée :

-          en 1434, ils dépassent le cap Bojador dans le sud marocain (limite des terres connus des Européens au Moyen-Age).

-          en 1441, ils atteignent le cap Blanc sur la côte mauritanienne

-          en 1444, Dinis Dias découvre le cap Vert (ainsi baptisé car il y arrive pendant l’hivernage) et débarque sur l’île qu’il baptise Palma, où ne se trouvent que des chèvres sauvages.

Les Français ne viendront qu’un bon siècle plus tard, un des premiers étant le saintongeais André Thévet, en 1555, auteur d’une Cosmographie universelle.

6. Quelles sont les premières constructions en dur édifiées sur Gorée ?

De 1444 au premier tiers du XVIIe siècle (1620-1630), aucune construction n’est attestée par l’archéologie, les cartes ou les textes, à l’exception de la mention d’une chapelle « en pierres sèches et couverte de paille » construite à Noël 1481 par l’escadre de Diogo de Azambjua qui se rendait en Côte de l’Or pour édifier le fort d’El Mina.

Pendant près de deux siècles, Gorée est « l’île aux chaloupes » où l’on assemble de petites embarcations amenées d’Europe en fagot. Les factoreries (établissements commerciaux) des Portugais se trouvent sur le continent, à Rufisque, Portudal et Joal.

A partir de 1627, les Hollandais s’établissent sur l’île et y édifient un premier fort (de Nassau) sur la partie basse puis un second (d’Orange) sur le Castel.

7. Quel est le premier rempart édifié sur Gorée ?

Les forts sont des « espaces de défense » habités ; on peut aussi fortifier une place en construisant un simple mur, comme l’ont fait les Lébou du Cap-Vert avec leurs « murs tata ».

Sur Gorée, c’est l’archéologie qui a permis d’identifier, dans la fouille de 1981 sous la Grande Batterie, un « mur cyclopéen » composé de gros blocs de basalte disposés côte à côte sur une ou deux assises. Chaque bloc pèse de deux à trois cents kilos. Cette structure ne figure sur aucune carte.

Guy Thilmans, qui l’a mise au jour, attribue sa construction au gouverneur hollandais de l’île Pieter Stolwyck. En 1670, l’amiral français Jean d’Estrées, qui s’emparera de l’île sept ans plus tard, effectue une reconnaissance et nous apprend qu’ « il [le gouverneur] prit de plus grandes précautions, et fit même faire un meschant travail en un endroit de l’isle qui n’en retarderoit pas la prise d’un instant »

8. Quel est l'ouvrage le plus souvent reconstruit à Gorée ?

Il s’agit certainement de la Grande Batterie, appelée aussi Batterie Royale au XVIIIe siècle, et Batterie de la Place au XIXe siècle.

Au dessus du mur cyclopéen, une première Batterie, avec des embrasures pour vingt pièces d’artillerie est construite par les Français vers les années 1720, et figure sur un plan de 1730. Longue d’une centaine de mètres, elle protège l’Anse du Débarquement, l’endroit le plus vulnérable de l’île.

Un réaménagement effectué vers 1740 la transforme en Batterie pour dix pièces. Celle-ci a été retrouvée dans la fouille de 1981 (la structure 3), à 1,50 m de profondeur, avec sa plate-forme (pour l’affût du canon), son mur de parapet (protection des artilleurs) et sa plongée (devant la gueule du canon).

Un nouveau réaménagement a lieu en 1802-1803, pendant l’occupation anglaise. La structure 4, dégagée par la fouille, montre une plate-forme et une plongée superposées aux précédentes, et un mur de parapet édifié sur le précédent qui a été nivelé. Les archives et les plans nous apprennent que cette Batterie de la Place, récupérée par les Français en 1817, comportait des embrasures pour cinq canons qui, montés sur des affuts à roues, pouvaient ajuster leur direction de tir.

Le dernier réaménagement date du Second Empire. En 1858, juste après l’achèvement du fort d’Estrées (batterie de la pointe Nord), la Batterie de la Place est modifiée pour être armée de quatre canons en bronze, calibre 12. Mais, assez vite, l’ouvrage ne correspond plus aux nouvelles donnes de la défense. En 1874, la Batterie est démilitarisée et transformée en promenade publique, celle que nous connaissons sous le nom d’Esplanade. Entre-temps, elle a été amputée vers le nord d’un quart de sa longueur pour créer une cale de halage. Celle-ci n’a finalement jamais été aménagée. C’est un escalier qui permet de monter de la plage à la place.

9. Combien de fois les Anglais ont-ils pris Gorée ?

Pas moins de six fois !

Une première fois aux Hollandais, le 2 février 1664, mais le 25 octobre de la même année, une puissante flotte (13 navires, 2272 hommes, 518 canons) commandée par l’amiral de Ruyter la reprendra.

Et cinq autres fois aux Français...

-          le 4 février 1693, le chief-agent de la Royal African Compagny, John Booker, s’empare de l’île. Les Français la récupèrent dès le mois de juillet par un raid du capitaine Bernard. Pour se venger de la destruction des forts, ils vont ravager Fort James, dans l’estuaire de la Gambie.

-          le 28 décembre 1758, après une première tentative en mai, une escadre sous les ordres du commodore August Keppel prend l’île que défend le directeur de la Compagnie des Indes, Estoupan de Saint-Jean. Au traité de Paris, qui met fin à la Guerre de Sept-Ans, Gorée est rendue aux Français et réoccupée en 1764.

-          le 8 mai 1779, le capitaine John Wall prend l’île pratiquement sans combat, la garnison ayant été décimée par une épidémie de fièvre jaune (la première signalée dans l’ile). Le traité de Versailles (3 septembre 1783), qui met fin à la guerre d’Indépendance américaine, restitue Gorée à la France et le marquis de La Jaille réoccupe l’île, qui dépendra d’un gouverneur venu du Canada, le comte de Repentigny, prédécesseur du chevalier de Boufflers.

-          le 5 avril 1800, neuf bâtiments anglais investissent l’île qui se rend sans combat (Saint-Louis, où se trouve Blanchot, résistera victorieusement). La paix d’Amiens, en mars 1802, stipule le retour à la France mais les Anglais font traîner la rétrocession, jusqu’à la reprise des hostilités en 1803. Le 18 janvier 1804, l’île est conquise après un débarquement nocturne et des combats meurtriers. Montmayeur est nommé résident.

-          le 5 mars 1804, ignorant sa reconquête par les Français six semaines auparavant, quatre navires anglais se présentent devant l’île. Le résident fait mettre aux soldats des uniformes rouges et les Anglais débarquant de deux chaloupes sont fait prisonniers. Mais Montmayeur, le 8 mars 1804, signe la capitulation et la garnison rejoint Saint-Louis par voie de terre. Commence la plus longue période d’occupation, de presque treize années, jusqu’au retour des Français, en 1817, suite au traité de Vienne (1815) qui a mis fin aux guerres napoléoniennes.

Au total, les Anglais ont occupé Gorée pendant un peu plus de 27 ans.

10. Quel Goréen a fait la guerre d'Indépendance américaine puis la Révolution française ?

Jean-Baptiste Bailley, né à Gorée vers 1747, expédié à Saint-Domingue à l’âge de quinze ans comme esclave, s’engage dans l’armée française qui aide les « insurgents » d’Amérique dans leur guerre d’indépendance. Il devient capitaine, est élu député de la colonie en 1793 et prend la parole le 4 février 1794 lors de la séance mémorable où « La Convention déclare abolie l’esclavage des Nègres dans toutes les colonies. En conséquence, elle décrète que tous les hommes, sans distinction de couleurs, domiciliés dans les colonies sont citoyens français et jouiront de tous les droits assurés par la Constitution ».

Il repart à Saint-Domingue où il est nommé chef de la gendarmerie mais, après le rétablissement de l’esclavage par Bonaparte, il est renvoyé en France et incarcéré dans la citadelle de Belle-Ile-en-Mer, où il meurt le 6 août 1805.

Girodet, le célèbre peintre romantique, a exécuté un portrait où Jean-Baptiste Bailley est représenté ceint de l’écharpe tricolore et appuyé sur le buste de l’abbé Raynal, un précurseur de l’abolition. Cette toile est exposée au château de Versailles.

11. Pourquoi les navires ne doivent-ils pas passer entre Gorée et Dakar ?

A la fin des années 1930, les autorités coloniales ont élaboré un projet de « grande rade de Dakar ». Celui-ci consistait à établir deux jetées, l’une joignant la pointe de Dakar (base du môle 3) à Gorée, l’autre la pointe de Bel-Air à un ancrage artificiel, 200 m au nord de l’île.

Ce projet a reçu un début d’exécution dans les années 1940-1942 : les Dakarois connaissent la digue de 600 m de longueur, fréquentée par des pêcheurs à la ligne qui prennent des risques les jours de tempête... Les Goréens connaissent le début de digue qui part du sud de l’île, au pied du Castel, formé de blocs de béton. Dakarois et Goréens ignorent généralement qu’entre ces deux extrémités, la « digue sud » de la grande rade existe sous forme d’une accumulation linéaire de blocs de basalte ; là où la profondeur est maximale (15 m), le tirant d’eau disponible ne dépasse pas 5 m.

Les travaux ont été suspendus en 1943 et le projet définitivement abandonné quelques années plus tard. Il est maintenant question de récupérer les blocs de cette digue sous-marine (inutile et même gênante, car favorisant la pollution) pour les besoins des travaux publics. Dakar manque de pierres depuis la fermeture des carrières de la presqu’île.

12. Comment le Tacoma a-t-il fait naufrage à la pointe nord de l'île ?

En septembre 1940, le Tacoma, un grand cargo (plus de 80 m de longueur), se trouvait à quai dans le port de Dakar. Battant pavillon danois, il était chargé de graines de palmistes. Son nom « Tacoma » est celui d’un port de la côte pacifique des Etats-Unis, dans l’état de Washington.

Du 23 au 25 de ce mois, des combats ont eu lieu entre une flotte anglo-gaulliste venue pour rallier l’A.O.F. à la France Libre, et les forces françaises « loyalistes » à qui le gouvernement de Vichy avait ordonné de résister.

Le 24 septembre vers 9 heures du matin, un obus anglais destiné au cuirassé Richelieu, resté à quai par suite d’avaries, a atteint le cargo, tuant plusieurs membres de l’équipage (enterrés au cimetière de Bel-Air) et mettant le feu à la cargaison.

Afin d’éviter que celui-ci ne coule dans le port, le remorqueur Buffle l’a pris en remorque dans la soirée et l’a lâché en mer. Le Tacoma a dérivé jusqu’à venir s’échouer contre la pointe nord de Gorée. Un témoin oculaire, le docteur Cariou, a raconté qu’à l’aube du 25 septembre il brûlait encore, couvrant Gorée de son âcre fumée comme il la couvre encore parfois de l’infecte odeur de ses graines de palme pourries. Le torpilleur Hardi l’a coulé de quelques coups de canon.

Jusque dans les années cinquante, la ferraille des superstructures apparaissait encore à marée basse. La balise rouge Tacoma est ancrée près de la poupe, posée sur des fonds de 12 mètres.

© AAMHIS 2013 - Musée Historique Gorée (Sénégal) – Tél (221) 33 842 77 60 < aamhisgoree@gmail.com >   Credit
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